Une « salle blanche » de gestion des crises pour l’UE ?

Une « salle blanche » de gestion des crises pour l’UE ?

(BRUXELLES2)(Opinion) L’Union européenne ne manque pas de moyens (financiers, humains) ni de structures. Mais elle pourrait faire un peu plus en matière de mobilisation face aux diverses urgences planétaires. La commissaire européenne chargée de la Réponse de crises, K. Georgieva l’a encore récemment reconnu (1). L’effort n’est pas incommensurable et ne nécessiterait pas de nouveaux moyens ni de financements extraordinaires. Aujourd’hui, l’UE a une palette d’instruments financiers appréciables (aide humanitaire, instrument de stabilité, …) et une série de personnels, formés et disponibles. Coté humanitaire, ECHO ; coté protection civile, la MIC ; coté services de renseignements, le SitCen ; coté Etat-Major civil et militaire, respectivement la CPCC, l’Etat-Major. Sans oublier le futur commandement européen de la flotte aérienne, EATC à Eindhoven. Il suffirait donc de « pas grand chose » pour avoir une certaine efficacité, et visibilité, pour un coût, somme toute modique.

De l’utilité d’une « salle blanche »

En ce sens, la création de ce qu’on pourrait appeler une « salle blanche » de crise me paraît salutaire.  Cette « salle blanche », en période de basse intensité, assurerait une coordination légère, réunissant chaque jour les principaux responsables de ces différents services, pour faire le point sur les différentes crises, dans une même salle, un même lieu. En période de moyenne ou de forte intensité, la « salle blanche » s’allume. Elle s’équipe, monte en puissance et est « armée » par la « cellule de crise leader » sur le domaine: les « rouges » si c’est une dominante sécurité civile ; les « kakis » si c’est une dominante militaire ; les « bleus » si une notion de police ou de terrorisme est en cause, etc… Sans oublier des administrateurs spécialisés dont la réponse d’urgence n’est pas automatiquement la fonction primaire mais dont la technicité peut être utile. Exemple, pour les incendies en Russie, des spécialistes du nucléaire auraient pu être utiles (au moins pour clarifier le risque). En cas de marée noire, les personnels de la DG Transport seront en première ligne. Etc. C’est l’avantage de la Commission européenne et du dispositif Haut représentant de pouvoir regrouper toutes les compétences nécessaires.

Pourquoi est-ce important ?

Cette « salle blanche » permettrait de croiser régulièrement les informations des différents responsables opérationnels. Et d’apprendre à travailler ensemble, et non pas conjointement (comme aujourd’hui… au mieux). Chaque cellule garderait ainsi son autonomie. On ne partirait pas ainsi dans de sombres luttes d’intendance et de territoire administratif dont l’Europe a le secret et, qui parfois, expliquent bien des glissements sémantiques et de l’inaction. Mais pas seulement… Cela permettrait aussi d’avoir un lieu de référence pour le public (filmable par les médias), montrable en cas de coup dur. Bref, cette « visibilité » qu’à chaque crise, les responsables politiques européens déplorent l’absence.

(1) Lire : L’UE a besoin d’un système de réponse de crises plus fort

(Nicolas Gros-Verheyde)

(crédit photo : RheoMix)