L’OSS Bergamini à la tête des « Renseignements » européens ? (maj)

(BRUXELLES2) Le SITCEN – centre de situation (autrement dit les renseignements) de l’UE – change de patron. Le Français Patrice Bergamini prendrait le relais du Britannique William Shapcott qui officiait à ce poste depuis la création du SITCEN, après les attentats terroristes de 2001 (1) et a été nommé à un autre poste au Conseil de l’UE (2).

Une petite révolution

Cette nomination est tout sauf anodine. A la création du SITCEN, les Britanniques avaient mis comme condition sine qua none à leur participation la présence d’un des leurs à sa tête. C’est donc une évolution sensible de cette position. Et ce service devrait en intégrant le service diplomatique connaître un certain développement – toujours à l’abri des regards. Il conservera, en effet, son autonomie – comme tous les services civilo-militaires de l’Europe de la défense – ainsi qu’un accès direct à la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères.

Formellement, le SitCen ne devrait cependant être transféré que le 1er janvier sous l’autorité de la Haute représentante de l’UE, Cathy Ashton. En attendant, il reste sous l’autorité du Conseil de l’UE (les Etats membres). Et la nomination de Bergamini (qui « fait fonction » de directeur en attendant la création du SEAE) doit encore être avalisée par le secrétaire général du Conseil de l’UE). Mais celui-ci a le soutien de Ashton… ainsi que des « services ». Ce qui est somme toute, l’essentiel !

Un service qui ne demande qu’à prospérer

Le SitCen comprend une centaine de personnes, essentiellement détachée des Etats membres, et est divisée en plusieurs unités : le centre de communications qui gère les affaires consulaires notamment pour coordonner l’action des Etats membres en cas d’accident ou de catastrophe à l’étranger (comme à Haïti, récemment) ; une unité d’analyse, qui livre quotidiennement (voire plus) une analyse des évènements qui se sont passés dans le monde et une unité opérationnelle. Le SitCen est une des seules entités à assurer 24h/24 365 jours par an, dans un bureau très discret de l’UE. Un univers passionnant… Ce blog y reviendra.

Patrice Bergamini est un habitué de l’ombre et de la lumière

Diplomate français, conseiller des affaires étrangères, Patrice Bergamini a officié à la task force du Quai d’Orsay sur l’ex-Yougoslavie et à l’Ambassade de France à Rome (comme premier Secrétaire). Puis il a été mis à disposition de l’UE. Il a ainsi été à partir de 2001 le conseiller Balkans, Proche-Orient et Afrique de Javier Solana (alors Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères) et a participé notamment aux travaux sur la stratégie européenne de sécurité, puis son directeur-adjoint du cabinet (où il avait notamment en charge la PESC et les représentants spéciaux). A sa prise de fonction, Catherine Ashton a eu un instant d’hésitation, rechignant à reprendre les Solana’boys. Puis, finalement, elle a décidé de l’intégrer dans son équipe. Au cabinet de la Baroness, Bergamini a ainsi suivi certaines questions stratégiques. Il avait particulièrement comme objectif de redresser l’image de la Haute représentante, égratignée par la presse, et surtout ses premiers faux-pas, n’hésitant pas alors à recevoir les journalistes pour détailler toute la difficulté du métier de Haut représentant et plaidant pour lui laisser du temps de faire ses preuves. Une tâche de conviction et de dialogue dans lequel il a excellé, sachant garder un franc-parler, relativement rare dans les sphères européennes officielles.

(Maj Déc.2010) Finalement une autre solution aura été préférée Et c’est un Finlandais qui a été nommé. Lire : Le Finlandais Ilkka Salmi nommé à la tête du SitCen

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) L’histoire du SitCen est un peu plus ancienne. Elle remonte aux temps de l’UEO. En 1999, à la prise de fonction de Javier Solana comme premier Haut représentant pour la politique étrangère de l’UE, celui-ci, déplace le centre de gravité du SitCen vers l’Union européenne. C’est alors une mesure d’organisation (Solana exerce en effet la double casquette de secrétaire général de l’UEO et de secrétaire général du Conseil de l’UE en même temps que la fonction de diplomate en chef de l’UE). Le SitCen/Cellule de crise intègre alors la toute nouvelle « Policy unit » comme un simple bureau, dirigé par le Danois Matthiessen et composé de quelques personnes. C’est après les attentats de 2001 (New York) puis ceux de 2004 (Londres, Madrid) que le service s’étoffe vraiment devenant une direction à part entière, aux responsabilités plus étendues.

(2) W. Shapcott prend du galon, nommé directeur général du personnel au Conseil