Les Seychelles : un hub aérien dans la lutte anti-pirates

AvionGardeCoteSuedois.jpg(BRUXELLES2) Les Seychelles deviennent, plus que jamais, un point incontournable de la lutte anti-pirates au niveau aérien. L’ambition du ministre des transports seychellois, Joel Morgan, de faire un « hub » (1) est aujourd’hui en quelque sorte réalisé.

En ce moment, d’après les informations que je possède, de bonne source, il y aurait 5 à 6 avions de patrouille ou surveillance maritime d’EUNAVFOR Atalanta, basés dans les Seychelles : les deux avions Luxembourgeois (+ 1 de réserve), l’avion suédois des gardes-côtes Dash 8, le P3 Orion portugais (prévu pour Djibouti, il a finalement été placé aux Seychelles, pas de place sur le parking), et un Falcon 50 français (qui va y « résider » pour quelques semaines). Chacun de ses avions a une utilité et peut parcourir tout le bassin sud somalien. Dans un plus court rayon interviennent les Merlin III luxembourgeois ; au-delà les autres avions qui peuvent atteindre jusqu’aux côtes kenyanes ou tanzaniennes (jusqu’à la limite du 11° Sud fixée comme limite d’opération pour Atalanta).

Le Dash 8 suédois ont, particulièrement, été remarqués par les spécialistes. « C’est assez ingénieux ce qu’ont fait les Suédois. Ils ont pris un avion civil de base puis ont installé à l’intérieur toute une série de dispositifs électroniques et de communication, venant de l’industriel national Ericson, mais aussi de fabricants israéliens. » Ce qui explique aussi que certaines photos du Dash 8 (Blue bird), diffusées par les sources officielles, ont été masquées ou floutées.

Les autres moyens : Drones, Patmar, Hélicoptères, Awacs… Utiles ?

Les drones US ne seraient plus actifs dans l’ile. L’objectif des drones US n’était peut-être pas seulement de repérer les pirates… Mais leur utilité d’observation a été remarquée. « Le gros avantage est leur durée en vol. Et aussi leur souplesse d’engagement (les règles de sécurité sont évidemment moins strictes que pour des avions et hélicoptères qui embarquent des personnels). En revanche, ils n’ont pas de  possibilité d’intervention. En cela, le couple avion de patrouille maritime (PatMar pour les intimes) – hélicoptère reste un instrument inégalé. On peut aller assez loin, fixer un objectif, et guider sur celui-ci un hélicoptère qui peut intervenir et déjouer directement l’attaque. En général, au bruit de l’hélicoptère et au premier tir de sommation, les pirates décampent ». Les Espagnols pourraient à leur tour déployer des drones selon des informations parues dans la presse. Et les Américains disposent toujours de drones embarqués à bord des navires.

Le couple Patmar-Hélicoptère est ainsi un des vecteurs de l’opération EUNAVFOR-Atalanta les plus efficaces et les plus innovants. Les Européens sont, en fait, les seuls à avoir toute cette panoplie. Les Américains et Australiens de la CTF-151 disposent d’un nombre d’avions P3 Orion conséquents mais ne les utilisent que peu contre la piraterie. Quant à l’OTAN, elle n’a pas d’avions. Enfin, pas encore, elle devrait en être dotée prochainement.

Quant aux Awacs, l’expérience française n’a pour l’instant pas été renouvelée et ne semble pas prêt de l’être. L’OTAN souhaiterait pouvoir les déployer. Mais ce déploiement se heurte à une question financière – comme pour l’Afghanistan d’ailleurs. Qui paiera ? Les Allemands ne sont pas chauds (outre les difficultés législatives d’accord du Bundestag…), les Français non plus. L’intérêt de l’Awacs dans la lutte anti-pirates n’est d’ailleurs pas vraiment prouvé, selon les marins d’Atalanta. « Il ne permet pas de distinguer des petits skiffs nombreux dans l’Océan indien (…) et, surtout de les qualifier de suspects, comme peut le faire un PatMar qui peut repérer, sur photo, échelles et autres attirail de piraterie ». Son intérêt se situe plutôt ailleurs : dans le repérage de plus gros navires (employés par les trafiquants en tous genres, d’armes, narcotrafiquants…).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Avec trois drones US, un « hub » anti-piraterie aux Seychelles

(2) Il est vrai que ce sont des marins et non des aviateurs . Mais coté aviateurs, je n’ai trouvé encore personne pour vraiment les contredire.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).