La visite d’Africom à la Commission (suite)

AfricomCrest_HiRes.png(BRUXELLES2) Non contents de s’intéresser aux instruments de gestion de crises de l’UE (1), le général Sherlock et l’ambassadeur Holmes de l’Africom ont eu un long entretien, début mars, « de l’autre coté de la rue », avec la DG Développement.

Un entretien de longue durée (près de 4 heures), et au plus haut niveau puisqu’il réunissait les principaux experts de la sécurité de la DG autour du Directeur général, Stefano Manservini. Les Américains connaissent bien le chemin de la Commission. Plusieurs contacts avaient déjà eu lieu entre les civils européens et les militaires américains. « Cela a commencé dans les derniers mois de l’administration Bush. Nous avons reçu une demande expresse d’Africom. Et, depuis, ils viennent nous visiter régulièrement (au moins 3 fois). » De leur coté, « les Européens » se sont déplacés, à une occasion, à Garmisch (*) pour rencontrer leurs homologues d’Africom. Une relation assez suivie qui n’existe, pour l’instant, avec aucun autre Etat (seule l’Inde a montré un intérêt mais sans plus concrètement pour l’instant).

L‘intérêt américain ? « Comprendre l’approche de l’UE en matière de sécurité et de gouvernance, en particulier la méthodologie sur la réforme du secteur de sécurité (SSR). » Les Américains voient une « énorme complémentarité entre leur action de soutien aux capacités de l’Union africaine, de formation des armées de plusieurs pays africains et celle que (les Européens) mènent », notamment en matière de formation des brigades de la force d’attente de l’Union africaine ou de l’opération AmaniAfrica (nouvelle appellation de l’EuroRecamp, initiative française à l’origine « européanisée »). Ils ont un mandat « sécurité et développement » et cherchent en l’UE une valeur ajoutée : quelle action européenne peut être intégrée là où ils exercent une action militaire — sur laquelle ils veulent rester maîtres (ils insistent leur « ownership » m’a expliqué un interlocuteur) —, par exemple l’apport européen en matière de structuration ou réforme de la police, la justice… qu’ils ne peuvent mener, de par le statut et mandat militaires de l’Africom. « On sent une grande cohérence dans les projets américains » témoigne un participant à la réunion. Pour les Européens, cette coopération est aussi essentielle. « C’est l’intérêt de tout le monde de travailler sur un même agenda de paix et de sécurité sur le continent africain. On a intérêt à chanter une même partition. »

Et maintenant : les Américains sont retournés dans leur QG « africain » de… Stuttgart. Ils vont faire rapport à Washington et élaborer une liste de priorités propres à démarrer des projets pilotes en coopération avec l’UE. En tout cas, du coté européen, et on voudrait passer au concret et cesser de faire de la « formation aux affaires européennes » d’officiels américains. « On attend maintenant une proposition précise » du coté américain.

Précisons que le budget communautaire soutient de nombreux projets de sécurité, illustration de cette politique « globale » de l’UE qui intéresse tant les Américains. A commencer par le soutien à l’Amisom (forces de l’ONU en Somalie) : 60 millions d’euros débloqués sur la Facilité de paix en 2008-2010 (15 millions sur la période précédente, mais tout n’a pas, semble-t-il, pas été dépensé du fait de la situation instable à Mogadiscio). Un autre projet concerne le développement de capacités maritimes régionales, et le soutien au processus entamé avec le code de Djibouti.

(*) Le siège d’Africom est à Stuttgart. Mais à Garmisch, une garnison de l’US Army est toujours présente. Et les Américains y tiennent souvent des sessions de formation. Et l’école de l’OTAN y est également située

(Nicolas Gros-Verheyde)