Le Russe achète, les Baltes râlent, la France philosophe

SarkozyMedvedev-UE100301.jpg(BRUXELLES2) La visite de Medvedev à Paris a permis de finaliser la commande de 4 BPC – bateaux de projection et de commandement à la France. L’anecdote retiendra que lors d’un entretien destiné à préparer cette vente, entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, de chaque coté, à la question française de savoir combien de bateaux maximum les Russes pouvaient être intéssés, Lavrov se serait interrogé à haute voix « Nous avons combien de mers ? Cinq… », le plafond de commande était donc fixé à cinq, même si officiellement il n’a été question que d’un ou deux navires. Finalement le chiffre s’est finalement stabilisé, juste au-dessous de la barre fixée par Lavrov, à 4 bateaux BPC (*). A se demander quelle mer ne sera pas couverte par les répliques du Mistral  ?

Une commande partagée entre chantiers navals russes et français

En tout cas, cette commande va permettre aux chantiers STX de Saint-Nazaire (près de Nantes) de souffler. Passée la commande du 3e BPC français, le Dixmude, qui avait été avancée dans le cadre du plan de relance – et celui du paquebot de MSC qui vient d’être signé et doit être livré en 2012, les ouvriers des chantiers n’avaient plus de commande en perspective. Un BPC comme le Mistral vaut entre 200 et 500 millions d’euros (*). STX ne fabriquera cependant pas tout. La commande sera partagée : une partie pour les chantiers français, une autre pour les chantiers russes. « Les Russes comptent beaucoup sur cette commande pour redynamiser leur construction navale militaire », explique un connaisseur. L’ancienne industrie phare de l’URSS souffre aujourd’hui de plusieurs maux endémiques : manque de personnel qualifié, manque de technologie et surtout manque de construction de navires militaires « emblématiques ». Une restructuration est menée depuis plusieurs années. La construction du BPC pourrait être le coup de fouet salutaire.

Les Français n’étaient pas seuls en lice

Les Espagnols et les Néerlandais étaient candidats à fournir les Russes. Selon El Pais, une délégation de haut niveau de la marine russe a ainsi visité les chantiers navals Ferreol (à La Corogne) pour visiter le navire Juan Carlo I fabriqué par l’entreprise publique Navantia. Les Russes auraient aussi approché les chantiers néerlandais Damen, qui ont construit plutôt des frégates (comme le F-802 De Zeven Proviciën).

Les Baltes protestent

Les plus virulents sont les Lettons qui se sont d’ailleurs exprimés sur ce sujet, avec leurs voisins Estoniens et Lituaniens, en marge de la réunion informelle des ministres de la défense de l’UE à Palma de Majorque. Le ministre letton, Imants Liegis a ainsi fustigé les Français qui « ne comprennent pas la nature de nos rapports avec la Russie ». La ministre lituanienne, Rasa Kuknevicienne, a été plus modérée, appellant l’UE et l’OTAN à « élaborer une politique plus claire et ferme concernant les règles d’exportations militaires ». « Il faut acquérir un certain degré de responsabilité pour l’utilisation ultérieure de l’équipement militaire décidé par un Etat membre envers un Etat tiers », a-t-elle expliqué à l’issue d’un entretien en bilatéral avec son homologue français, Hervé Morin. Elle a également souligné « la nécessité d’une plus grande transparence et de consultations entre Etats membres avant la signature de tels accords ». A Varsovie, les commentaires sont beaucoup plus discrets, mis à part le philosophe français, André Glucksman qui s’étrangle dans Gazeta Wyborcza.

« Changeons nos lunettes » répond Morin
S’exprimait devant plusieurs journalistes à Palma de Majorque, le ministre de la Défense a résumé la teneur de son propos « Je leur ai dit que comprenais cette réaction. Mais on ne peut pas construire un partenariat stable avec les Russes en la regardant toujours comme l’ex-URSS. La Russie a changé, il faut changer notre regard, nos lunettes. ». « Nous aussi, en Europe de l’Ouest, au lendemain de la 2e guerre mondiale, on a bati ensemble sur une histoire très difficile ».

  • (*) Selon l’équipement. Le BPC sera, officiellement, livré sans équipement militaire. La présence du Mistral à Saint Petersbourg, fin novembre, pour une présentation à l’Etat-Major a ainsi été l’occasion de réaliser un exercice d’appontage avec les hélicoptères russes Kamov.
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L’hélicoptère russe Kamov Ka-52, sur le pont du BPC Mistral © SM Agostinelli)

 

Le BPC est une belle bête : long de 200 mètres, jaugeant 21.300 (à pleine charge), il développe une vitesse de 18 noeuds avec un rayon d’action de 10.800 miles (19.800 miles à 15 noeuds). Il comprend un équipage entre 160 et 180 marins, peut emmener jusqu’à 16 hélicoptères et un Etat-Major (jusqu’à 450 personnels).

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Une pensée sur “Le Russe achète, les Baltes râlent, la France philosophe

  • 4 mars 2010 à 07:41
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    Le contrat est loin d’être signé, et le ou les éventuelles navires ne seront sur cale que sans des années…

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