Eunavfor : toujours plus à l’Est… + une juridiction régionale à l’étude

(BRUXELLES2) L’opération de lutte anti-piraterie de l’Union européenne (EUNAVFOR Atalanta) va adapter son action en 2010, a expliqué le contre-amiral Hudson aux ambassadeurs du COPS, le 15 janvier, Une nécessité pour celui qui commande la flotte européenne de lutte anti-piraterie : « il faut bien avouer que la tactique des pirates change et s’adapte en permanence » a-t-il ainsi expliqué en substance. L’adaptation porte sur plusieurs points.

Extension vers l’Inde. Le plan d’opération va être légèrement modifié pour inclure dans la zone, l’est des Seychelles où les attaques des pirates ne sont désormais plus rares. Il y a effectivement depuis plusieurs mois une recrudescence dans cette zone entre Seychelles au sud, Oman au nord, Maldives à l’Est. On est là plus proche de l’Inde que de la Somalie !

Des accords supplémentaires. Autre piste sur lesquels travaillent diplomates et juristes : signer des accords supplémentaires pour permettre de traduire des pirates dans des pays de la zone et soulager ainsi quelque peu le Kenya (qui ne veut plus traiter de pirates (1)) et les Seychelles. Outre Maurice — piste déjà exploitée (2) —, les Européens tentent cette fois de conclure avec l’Afrique du Sud, ou avec l’Ouganda. La Tanzanie, autre piste un moment évoquée, est pour l’instant abandonnée, trop compliqué. Faut-il préciser que Djibouti a
accepté que les pirates transitent sur son territoire pour des transferts par avion, avec accompagnement par un officier de liaison djiboutien.

Une juridiction régionale ? A plus long terme, les Etats membres étudient une autre piste : établir une Cour régionale compétente pour la zone. Cette solution aurait l’avantage d’être plus légère qu’un tribunal international (qui paraît quand même légèrement surdimensionné par rapport à la piraterie qui n’est, après tout, « que » du grand banditisme). Elle permettrait aussi d’avoir une coopération et un soutien, notamment financier et technique, plus affirmés et permanents avec le pays qui accepterait d’être l’hôte de cette instance. Tous les regards se tournent vers le Kenya. Mais d’autres pays pourraient être candidats.

La coopération avec les autres forces. La coopération avec les autres forces s’est institutionnalisée. Une réunion a lieu tous les mois entre les
responsables des principales forces (Atalanta, CTF 151, Otan), à Bahrein, au sein d’une structure dénommée le Shade (Shared Awareness and
Deconfliction). Autre point à remarquer, le système de communication Mercury. Ce chat sécurisé (dont j’ai parlé à plusieurs reprises) est devenu le standard de communication. « Il n’est pas rare de voir un navire japonais faire le rapport d’un bateau suspect à des navires européens ou américains. De même, les avions qui volent sous notre commandement communiquent aux autres ».

La surveillance des ports. Demandé avec insistance par l’Espagne – la ministre espagnole de la Défense s’en est encore fait l’écho à Bruxelles lors de sa visite la semaine dernière (3) – cette action se révèle difficile à mettre en œuvre (lire également : Le blocage des ports des pirates (voulu par les Espagnols): « une connerie »!). « On peut partir un peu n’importe où de la côte. Il y a plus de 70 endroits à surveiller » a expliqué Hudson aux ambassadeurs.  En revanche, discrètement, EUNAVFOR a entrepris des actions de surveillance, de « marquage » des bateaux pirates et d’observation des côtes.

Chaque bateau qui transite dans la zone est ainsi prié d’approcher autant que possible des côtes. Témoin la Louise-Marie, la frégate belge qui, avant de remonter vers son port d’attache a, sur le chemin du retour, naviguer près des côtes. « Des informations furent rassemblées sur ces camps, ainsi que sur les navires encore retenus par les pirates en attente de rançons. L’hélicoptère fût envoyé en l’air jusqu’à cinq fois en l’air afin de prendre des photos de la côte et des installations des pirates pendant que notre navire était proche de la côte. But de l’opération, démontré notre présence et notre force. » explique-t-on du coté belge.

(1) L’épisode de l’Evertsen, avant Noël, l’a montré, lire : L’Evertsen libère 13 pirates faute de pays d’accueil, un bug ?

(2) Lire: L’ile Maurice ne veut pas des « suspects pirates » d’Atalanta

(3) La Ministre a ainsi défendu un « rôle plus important de l’opération Atalanta, avec la surveillance et le contrôle des ports ». Dans son idée il faut surveiller étroitement les « trois principaux ports d’où partent les bateaux-mères somaliens » a-t-elle expliqué. Lire également: L’opération Atalanta… pas assez efficace pour les Espagnols

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).