Le grand oral des commissaires n’est pas une synécure

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(BRUXELLES2) Depuis une semaine, le Parlement européen est en ébullition. C’est le grand oral des futurs commissaires européens. Un exercice qui se poursuit jusqu’à mardi soir et est tout sauf une formalité… Chaque candidat est entendu par « sa » commission parlementaire durant 3 heures non-stop.

Toutes les questions sont permises

Une audition où toutes les questions sont permises : politique, technique, personnelle, etc. Et, pas le temps d’hésiter : 1 minute pour la question, 1 minute pour la réponse. A ce petit jeu, le moindre faux-pas et c’est la porte ! La tension est donc grande. Certains l’ont déjà réussi haut la main comme le Français Michel Barnier (marché intérieur) ou l’Espagnol Joaquin Almunia (Concurrence), avec les « compliments du jury, dirait-on à l’université. Pour d’autres, cela a été plus laborieux. Le Finlandais Olli Rehn (Economie) ou la Britannique Catherine Ashton (Affaires étrangères) n’ont reçu qu’une mention passable. Même les plus expérimentés peuvent trébucher. La Néerlandaise Neelie Kroes (Société digitale), jusqu’ici commissaire à la Concurrence, a ainsi été priée de passer cette semaine un « oral de rattrapage ».

Une recalée…

Pour l’instant, il n’y a qu’une recalée : la commissaire bulgare, Rumiana Jeleva. Celle, qui devait prendre le portefeuille de l’aide humanitaire et la réponse de crise, a totalement raté l’examen de passage. Elle n’a ainsi pas pu justifier clairement avoir bien rempli sa déclaration d’intérêts sur ses parts dans une société de consultance. Le montant en jeu est ridicule (quelques centaines d’euros) mais il s’agit d’une « question de principe » pour le Parlement. Et surtout elle a montré une mauvaise connaissance du dossier, avouant son ignorance sur le Congo ou la Somalie. Si les Chrétiens-démocrates – son parti – la soutiennent, Socialistes, libéraux et verts ont demandé son renvoi à José-Manuel Barroso.

Hésitations présidentielles

Le président de la Commission hésite cependant. Certes il n’a pas envie de revivre le calvaire d’il y a 5 ans, quand « sa » Commission avait été à deux doigts d’être renversée par des députés furieux des déclarations sur les homosexuels du candidat italien Buttiglione. Mais il ne veut pas céder à ce qu’il considère comme une cabale. Le rapport de force est engagé…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(article paru dans Ouest-France, janvier 2010)