Redoutable découverte des Ougandais: deux rebelles somalis avaient été formés par eux

(BRUXELLES2) Deux des combattants d’Al Shabaab engagés dans les combats près de l’Hôpital Medina de Mogadiscio en décembre avaient été entraînés, dans le cadre d’un programme de structuration des forces armées somaliennes, par les Ougandais, selon
l’Observer, quotidien ougandais. Ce sont les hommes de l’UPDF (
Uganda Peoples Defence Forces) eux-mêmes, engagés dans
les forces de paix en Somalie (AMISOM) qui ont découvert la chose. Un des combattants a été tué, l’autre blessé et dirigé vers l’hôpital des forces de l’Amisom à Mogadiscio pour y être soigné et interrogé. Les deux hommes avaient été formés
au centre de formation militaire de Bihanga. NB : Depuis 2007, les Ougandais ont formé un bataillon et demi de soldats somaliens.

Les craintes qu’avaient les Africains, et les Européens (1), que des soldats formés retournent leurs armes s’avèrent ainsi fondées. Selon le porte-parole militaire,
le Lt. Col. Felix Kulayigye, interrogé par notre confrère ougandais : “Si Jesus a été trahi par un de ses disciples, pourquoi pas les hommes ?”. L’information ne s’arrête pas là. Selon des responsables de l’AMISOM cetains des combatants d’Al Shabaab seraient ougandais, provenant d’un mouvement rebelle (l’ADF opérant dans les montagnes du Rwenzori à la frontière ouest de l’Ouganda avec le Congo).

Commentaire
. L’incident peut faire frémir. Pour autant, faut-il cesser toute mission de formation des militaires somaliens ? Là il s’agit de politique, au sens propre du terme. Doit-on laisser les Somaliens se débrouiller seuls comme on avait laissé les Bosniaques ou les Croates au début de la guerre yougoslave des années 1990 ? Ou leur procure-t-on une aide avec les risques que cela comporte ? Si on se réfère au conflit yougoslave, il ne faut pas se leurrer. Ce ne sont pas les pressions politiques sur la Serbie qui ont joué de façon décisionnelle. Mais le réarmement, l’entraînement, la présence de conseillers occidentaux (surtout américains, ainsi que des armes) qui ont favorisé la reconquête du territoire croate et la première défaite du pouvoir serbo-yougoslave. Idem en Bosnie quelques années plus tard. De plus, dans les réseaux rebelles ou terroristes, on trouve nombre de personnes formées par les Occidentaux (y compris chez les talibans afghans), voire les servant (cf. le dernier incident ayant causé la mort de plusieurs agents de la CIA en Afghanistan)…

(1) Belges, Néerlandais, Espagnols l’avaient exprimé ouvertement en juillet. Lire: Les Européens pas très enthousiastes pour une mission SSR en Somalie


 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).