Ashton : je veux une vraie diplomatie de l’UE avec des moyens

Ashton-UE0912.jpg(BRUXELLES2) Hier soir, au Parlement européen à Strasbourg, à huis clos, Catherine Ashton, la Haute représentante était un peu chez elle, accueillie dans la salle des Socialistes & Démocrates (S&D), pour un échange de vues, à huis clos. Il est de tradition, en effet, que les  commissaires rencontrent leur famille politique en petit comité pour un dialogue « informel ». Ils font de même avec d’autres groupes  politiques ou les présidents des commissions intéressées. C’est ainsi une manière intelligente de préparer la future audition. La Haute représentante sera, en effet, la première des commissaires auditionnée par les commissions du Parlement européen (affaires extérieures, défense, développement). Ce sera le 11 janvier prochain. Il est aussi de tradition que le journaliste essaie d’en savoir plus, en planquant un peu. Ce que j’ai fait (à vrai dire j’étais un peu seul…).

Pour un vrai service diplomatique

Dans la salle, Catherine Ashton a ainsi expliqué son futur travail, comment elle entendait l’assumer, et ses différentes priorités. Rien de bien nouveau par rapport à la première audition le 2 décembre, de l’avis de tous les participants. Mais tout de même un dialogue d’une bonne heure, un peu plus pointu sur certains sujets. Ainsi sur l’Irak, Ashton n’a pas voulu se démarquer de la position de Tony Blair : « c’était simple, soit je quittais le gouvernement, soit je restais. En fait – a-t-elle ajouté – nous n’étions sans doute pas vraiment préparés à cette guerre ». Et nous n’avions pas toutes les informations en notre possession. Concernant les Etats-Unis, elle a rencontré récemment Hillary Clinton qui l’a félicité ; elle estime ainsi que les relations UE-USA pourraient être marquées par « moins d’opacité et davantage de confiance ». Ashton s’est montrée ainsi partisane d’une politique européenne qui puisse « ne pas dépendre tout le temps de la politique américaine ». En revanche, sur des questions délicates comme la Palestine, elle n’a pas voulu se prononcer et aller plus loin. Sa première priorité est de « mettre en place le service d’action extérieur ». Elle veut en faire un « vrai service, pour mener la diplomatie de l’Union » a-t-elle assuré, « avec les moyens budgétaires nécessaires, non pas pour remplacer la diplomatie des Etats membres mais pour y ajouter ». C’est sa première priorité. Et d’oser un trait d’humour : « On verra si j’arrive à passer la Noël », faisant allusion à son « full top agenda ». « J’ai au moins 500 rendez-vous de programmés dans l’année » a-t-elle expliqué. Elle a cependant demandé lors de son hearing, début janvier, d’avoir plus de temps pour répondre aux questions, pour ne pas être accusée par certains députés (notamment britanniques) de ne pas répondre aux questions.

Une voix féminine qui passe bien

Catherine Ashton que j’ai réussi à interroger à la sortie, environ 45 secondes, jusqu’à un garde du corps s’impose, n’a eu qu’un mot : « je suis très contente de faire ce job, je l’assume avec honnêteté ». Et effectivement, c’est le mot qui semble revenir dans la bouche de beaucoup de députés. Comme le précise la Portugaise Ana Gomes, « Ce que j’aime le plus chez elle, c’est son attitude ouverte, honnête. Elle est très consciente de ses capacités, ne prétend pas tout savoir ou vouloir nous tromper. C’est très important. Elle a une bonne approche générale, des questions stratégiques ». « Elle est carrée » a ajouté de son coté la Française Pervenche Bérès. « Qu’elle soit critiquée par les diplomates est plutôt pour moi une bonne chose » a expliqué son compatriote Kader Arif. « Avoir une voix socialiste dans la politique étrangère est importante. Mais ce qui me semble aussi important, c’est qu’il y a chez elle une volonté d’échanger avec les parlementaires, des qualités humaines, c’est important en matière politique ». « C‘est un produit pur du Civil service » complète le Roumain Ioan Mircea Pascu « Elle n’est pas brillante au sens où on l’entend d’habitude mais elle vraiment de bonnes dispositions. Elle pourra parfaitement mettre en place le service d’action extérieur ». Pour le travailliste britannique Cashman, « Elle a vraiment de bonnes connaissances, elle est enthousiaste. Et puis quelqu’un qui a pu négocier le Traité de Lisbonne face à la chambre des Lords ne peut pas vraiment être mauvaise » a-t-il assuré. Dans ce concert de propos plutôt louangeurs, quelques couacs quand même : « on n’apprend rien » dit l’un, « elle ne répond à aucune question – dit l’autre – c’est ch… ».Des propos négatifs très masculins surtout, peut-on remarquer…

(NVG)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).