La Commission 2010 : 3/4 à droite, 1/3 de femmes et 0 minorités

Tous les pays ont désormais désigné leur représentant au sein de la future Commission (voir la liste réactualisée). Et on peut déjà faire quelques constats pour ces nominations :

• Une nette prédominance de la droite – les chrétiens-démocrates du PPE (12, contre 9 aujourd’hui) et les libéraux de l’ADLE (8 contre 10 aujourd’hui) – tandis que les sociaux démocrates S&D plafonnent (4 contre 6 aujourd’hui), et 3 « techniciens ». C’est en ligne logique avec la couleur politique des chefs de gouvernement mais ce n’est pas en relation avec la composition de la majorité des gouvernements européens, où les coalitions gauche-droite sont nombreuses. Plusieurs gouvernements – de coalition (Belgique, Pays-Bas…) comme purement sociaux-démocrates (Portugal…), ont ainsi envoyé à la Commission d’abord un un représentant de la droite ou un technicien plutôt que de la gauche. Conséquence : l’équilibre général gauche-groite, qui oscille souvent en Europe entre 40-60%, est  rompu. Cela constitue donc un risque pour une institution dont la fonction est normalement de représenter l’intérêt général européen, d’autant qu’en cinq ans, la tendance peut s’inverser dans les Etats membres. Attention, cependant, aux amalgames rapides : un social-démocrate tchèque ou britannique est plus proche d’un libéral néerlandais tandis qu’un libéral belge ou un UMP français est plus proche d’un socialiste espagnol.

• Le nombre de femmes a progressé depuis les premiers comptages. Début septembre, il y avait seulement 4 femmes « nominées » (sur une dizaine d’hommes). Début novembre, on en avait 7 ou 8. Il y en a désormais 9 (contre 10 au début de la Commission 2004 mais 8 seulement aujourd’hui). Ce qui est déjà plus acceptable mais pas encore suffisant pour atteindre la parité. Aucun commissaire, en revanche, n’est issu d’une minorité. C’est d’ailleurs un problème général de la haute fonction publique européenne qui ne compte quasiment pas de membres issus de communautés immigrées hors d’Europe.

• La moitié du collège reste en poste : 15 sont des anciens (12 si on décompte ceux qui n’ont pas été nommés cette année : Belgique, Lituanie, Slovaquie). Deux autres ne sont pas en terrain inconnu à Bruxelles : un revient à la Commission après un poste dans un gouvernement (France) et un arrive du Parlement européen après un détour dans un gouvernement (Suède). De fait, seuls une dizaine sont des « petits nouveaux ».

Calendrier. Après l’entrée en vigueur officielle du Traité de Lisbonne (le 1er décembre), les 27 Chefs d’État et/ou de gouvernement désigneront officiellement leurs représentants à la Commission. Et le Parlement européen pourra alors commencer son travail d’audition. La nouvelle Commission prendrait alors ses fonctions en février (si tout va bien, ensuite si un ou deux commissaires sont « recalés »). Jusqu’à là l’actuelle Commission sera prolongée.
Au 1er décembre, la Commission devrait cependant connaître un mini-remaniement avec le changement de portfolio de Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Une pensée sur “La Commission 2010 : 3/4 à droite, 1/3 de femmes et 0 minorités

  • 25 novembre 2009 à 04:32
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    Par rapport aux amalgames rapides, il est vrai que les équilibres gauche-droite dans les pays européens ne se situent pas tout-à-fait au même niveau ou ne s’articulent pas forcément autour des mêmes enjeux, cependant, pour rappel, les sociaux-démocrates tchèques et britanniques ainsi que les socialistes espagnols sont tous membres d’une même famille politique, celle du Parti socialiste européen, tandis que les libéraux belges et néerlandais se retrouvent dans l’ALDE, et l’UMP dans le PPE avec le parti de Berlusconi et celui de Merkel.

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