Les 27 se penchent sur la gestion civile de crises

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE sont réunis, vendredi et samedi (27 et 28 mars), à Hluboká nad Vltavou — le chateau des Schwarzenberg, en république tchèque — pour le traditionnel Gymnich (la réunion informelle semestrielle). Ils ont trouvé dans leur sacoche de travail un « non paper de la présidence », auxquels les services de Javier Solana ont largement contribué (voire plus), qui présente les diverses voies afin d’améliorer la gestion civile de crises.

Les problèmes sont assez connus : l’UE a aujourd’hui 9 missions de gestion de crise déployées, ce qui représente environ 2400 personnes dans différents secteurs et des régions pas tout à fait tranquilles (post crises ou un environnement hostile). Et comme le précise un diplomate européen de haut rang, fort diplomatiquement : « la taille actuelle et la complexité des missions civiles PESD excèdent ce qu’il était prévu originellement ». Tout le monde connait, en fait, les problèmes auxquels se heurtent en pratique l’UE : des ressources humaines limitées et soumises à la pression budgétaire, des procédures financières inadaptées… (voir le génial bricolage). « Une impulsion politique est nécessaire pour s’assurer que les solutions techniques présentées soient à la hauteur des ambitions ».

Le document propose donc plusieurs propositions dans trois types de domaines aux Ministres

1. les finances. Il n’y a pas de miracle, il faut des ressources budgétaires supplémentaires car le budget actuel est très «serré. «Plus de missions avec moins de ressources est la recette infaillible de l’échec» résume ce diplomate. La ligne budgétaire sur les mesures préparatoires – qui ne permet pas aujourd’hui de financer l’achat de matériels, services et recrutement de personnel nécessaire pour la mission principale – doit avoir une utilisation plus « flexible et globale » pour permettre un rapide déploiement. Les règles de marchés publics doivent être revues pour permettre l’équipement immédiat des missions et durant la mission également (un peu comme les actions humanitaires d’Echo). Enfin, il faut améliorer la capacité de gestion financière des missions pour la rendre plus professionnelles.

2. Les hommes. Trouver les personnes qualifiées en un temps record, surtout quand les missions sont à haut risque, reste toujours une prouesse. Les « nouvelles missions dans les zones dangereuses feront face à des problèmes de recrutement ». L’idée est donc de renforcer la coopération entre le 1er et 3e pilier européens – pour permettre de trouver des ressources, notamment en matière de police et de justice. La base de données d’expert, ainsi que le profilage des ressources nécessaires est une autre piste. Enfin, des incitations pour la carrière doivent aussi être envisagées.

3. les matériels. C’est aussi un défi. Avoir le matériel nécessaire (communications, équipement de sécurité, services médicaux), dans un temps record et en particulier dans la première phase d’opération. La solution passe là par des « contrats-cadres » couvrant les équipements essentiels. Deux contrats sont déjà disponibles. Et une série d’autres est en préparation. L’objectif est d’avoir une palette complète de contrats prêt à la mi 2010. D’autres solutions alternatives peuvent exister comme des stocks, centralisés ou virtuels, ou une meilleure exploitation des matériels dans les missions en cours.

Ce sera à la présidence tchèque et surtout à la présidence suédoise de veiller à ce que tout ceci soit traduit en acte…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).