Le bilan de la piraterie remis par la Marine US

(BRUXELLES2) Premier bilan officiel de l’action multinationale dans le Golfe d’Aden, celui dressé par… les militaires américains devant le comité des Forces armées du Congrès US. Bilan qui englobe non seulement l’action américaine, proprement dite et  les task-forces à « impulsion » américaine (CTF-150 et CTF-151), mais aussi celle menée par les autres flottes présentes (russe, indienne, européenne notamment).

Un bilan assez contrasté : moins d’attaques réussies, mais faiblesse dans l’arrestation et la traduction en justice.

Attaques réussies. Tous les efforts pour contrer les attaques de pirates à ce jour ont entraîné une « baisse des attaques réussies, passant d’un pic de 64 % en Octobre à 17 % en février », selon les statistiques du Département d’État. Actuellement, 6 navires sont pris en otage, par rapport aux 14 navires qui ont été pris en otage vers la fin de l’année dernière.

Un tournant à l’été 2008. Selon le vice-amiral Gortney – qui commande la 5e Flotte US présente dans le Golfe -, la situation est devenu plus critique, à la mi-août 2008 « quand un nouveau clan de pirates somaliens a commencé à attaquer les navires au nord de la Somalie dans le Golfe d’Aden, augmentant le nombre d’attaques ». (NB : d’autres informations, d’autres sources, mentionnent aussi l’apparition de pirates venus de la côte du Yémen).

Pirates arrêtés. « La CTF-151, avec la coopération des autres forces navales (*), ont appréhendé près de 250 pirates», selon Gortney. Parmi ceux-ci, 121 ont été désarmés et libérés, 117 ont été remis à la justice aux fins de poursuites, et neuf sont en attente d’une décision finale (en fait ils ont été libérés). A signaler que les Américains ont signé avec le Kenya un accord similaire à celui que vient de parapher l’Union européenne. Et 7 pirates ont été remis aux autorités kenyanes.

Equipements saisis. « Les capacités des pirates ont été affectées par les efforts de la coalition», a expliqué Gortney donnant un bilan des équipements saisis par la coalition et task force : 28 bateaux pirates saisis ou détruits, 133 armes de petit calibre, 28 lance-roquettes, 51 lance-grenades, des projectiles, et 21 échelles et grappins ont été confisqués ».

Aller au-delà de l’arrestation des pirates, une stratégie plus globale pour la région.

« Nous savons tous que la solution au problème de la piraterie est à terre » a conclu Gortney devant le Congrès. « Les opérations en mer –
menées actuellement par la coalition maritime – devraient donner du temps à la communauté internationale pour  discuter d’une solution à long terme »
dans la région.

Les quatre pistes d’action US contre la piraterie. En plus de l’approche militaire, le gouvernement US mène des actions sur trois autres
fronts pour lutter contre la piraterie. « La diplomatie, aider l’industrie du transport maritime à renforcer les efforts d’auto-défense, améliorer la capacité judiciaire pour poursuivre et punir les pirates dans la région, font tous partie de la stratégie », a expliqué Stephen Mull, sous-secrétaire adjoint pour la sécurité internationale et la maîtrise des armements au Département d’Etat.

Au-delà de la piraterie, un nouveau cadre régional. « En travaillant ensemble, je crois que nous avons fait de bons progrès dans le passé seulement quelques mois », a-t-il poursuivi. Mais « au-delà de l’arrestation des pirates n’est pas tout. « Je pense que cette coopération pourrait constituer les bases d’un nouveau cadre régional de sécurité maritime avec les États de la région et des contributeurs extérieurs », at-il poursuivi. « Ce nouveau cadre pourrait inclure toute une gamme de sujets qui, je crois, permettrait d’améliorer la sécurité de la
région, comme notre propre sécurité. »

Pour lire le compte-rendu complet réalisé par le ministère américain de la Défense.

Petit commentaire

Il faudra sans doute que l’Union européenne veille à ne pas laisser la Pax Americana se répandre dans la région. Quand on observe comment l’UE est mentionnée – c’est-à-dire jamais autrement que par les « autres », « contributeurs extérieurs », ou englobée dans une « coalition maritime », il semble y avoir au sein du département d’Etat ou des forces armées, certaines difficultés à nommer les alliés.

Soit certaines personnalités (nommées sous l’ancienne administration) ont du mal à se mettre à l’heure de la nouvelle administration Obama, qui a proclamé, partout ces jours-ci, que l’Union européenne est un partenaire à part entière. Soit les déclarations d’HiIlary Clinton, la semaine dernière à Bruxelles, suivie de la venue du vice-président Joe Biden ne sont qu’une offensive de… charme, plus subtile que celle de l’administration Bush mais poursuivant le même but.

Il ne faudrait pas que l’Union européenne devienne un simple pourvoyeur de troupes et/ou de financements, sans pouvoir avoir aussi voix au chapitre pour définir la stratégie, comme pour l’opération de l’OTAN en Afghanistan…

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).