Les Tchèques aiment bien le protectionnisme quand il s’agit de… leur marché

(B2) La crise, quelle crise. A entendre quelques responsables politiques tchèques, la crise c’est chez les autres. Et la république tchèque serait en quelque sorte un ilot sauvegardé. Car ses dirigeants adeptes du libre marché et pas du protectionnisme ont su garder un modèle économique efficace. Pas comme ces pays de la vieille Europe engoncée dans leurs vieilles habitudes.. -:)

Vive les aides d’Etat… chez les autres
. Enfin, il est vrai que si à Prague, on regarde avec dédain les initiatives prises en France, en Espagne, en Italie pour aider à l’industrie automobile, on ne crache tout de même pas sur les fameuses « aides à la casse » mises en place dans plusieurs pays européens. A écouter les médias tchèques, cette aide à la casse bénéficierait … à Skoda. Devant l’augmentation des commandes sur les marchés de l’UE, le constructeur tchèque, filiale de Volskwagen, a décidé de reprendre la production à plein temps, surtout pour les petites voitures pas chères… Vive l’Etat quand même quand c’est l’autre qui paie en quelque sorte

Un protectionnisme bien compris du marché du travail. Mais la plus grande des contradictions tchèques s’exprime sur le marché du travail. L’idéologie libérale trouve là une limite et une limite très forte. Il s’agit en fait de tout faire pour que le travail en république Tchèque aille aux Tchèques en priorité. Et de pousser les travailleurs licenciés à rentrer chez eux. Sur le mode du volontariat bien sûr. Avec prime à l’appui : billet d’avion payé et 500 euros de primes. Et s’ils ne sont pas trop tentés, on les y pousse un peu. Les permis de travail ne sont pas renouvelés, ils deviennent donc illégaux. Et si ca ne suffit pas. On envoit la police pour procéder à des contrôles – un peu massifs – et dont l’objectif est dissuasif.

La police en renfort pour dissuader. Ainsi, selon Radio Prague, « la police des régions de Plzeň et de Karlovy Vary a procédé, mardi 3 mars, aux contrôles de 521 ressortissants étrangers – dont 281 venus des pays en dehors de l’espace Schengen ». Des Mongols, des Ukrainiens… mais aussi des Européens. Si je compte bien, cela signifie que près de 300 Européens ont été contrôlés. Et ce contrôle n’est pas un hasard d’un chef de police un peu zélé d’une région un peu éloignée. « A Prague et en Bohême centrale les policiers ont contrôlé 450 étrangers. Ces opérations font partie d’une initiative du gouvernement tchèque qui incite les ressortissants étrangers ayant perdu le travail en Tchéquie à cause de la crise économique à regagner leurs pays respectifs… » précise notre confrère tchèque.  On est loin, très loin, des beaux principes de liberté, prônée à Bruxelles par le gouvernement tchèque. Mais apparemment çà marche. « Le nombre de travailleurs étrangers en République tchèque a diminué de 12 000 en janvier. Soit un peu plus de 272 000 personnes. » NB : quand les Tchèques parlent de travailleurs étrangers, c’est tous les non-Tchèques : Européens compris (Slovaques, Polonais, Roumains…)…

Pour la Commission : business as usual. Et, à cette politique, un peu musclée, la Commission européenne n’a apparemment rien à redire. Vladimir Spidla, le commissaire à l’Emploi, socialiste (théoriquement) tchèque, m’a expliqué simplement. Ces expulsions, contraires aux règles européennes ? « Mais non pas du tout, vous n’y êtes pas Nicolas. Je ne vois pas d’expulsions, il s’agit de retours volontaires. Des personnes qui sont en fin de contrat à durée déterminée choisissent de rentrer chez. Les Tchèques n’enfreignent aucune règle européenne. » Fermez le ban ! La porte-parole de la Commission me fait comprendre qu’il y a quand même d’autres questions plus importantes…

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).