Que peut faire l’Europe pour le Pakistan ? discussion au COPS

(B2) C’est, en quelque sorte, la question sur laquelle ont planché les ambassadeurs du COPS – le comité de politique et de sécurité – mardi, lors d’une réunion restreinte (ambassadeurs + 2 dans le langage européen.

De retour d’une mission au Pakistan, le coordonnateur européen de la lutte anti-terrorisme, Gilles de Kerchove, a fait un tout d’horizon de tous les problèmes de sécurité dans la région – proximité de l’Afghanistan, situation interne, conflits régionaux… En Inde et au Pakistan, les problèmes ne manquent pas. Mais il y a un fait nouveau : les Pakistanais semblent ouverts à une coopération extérieure. Ils « demandent l’aide des Européens ». Une aide qui pourrait intervenir sur des domaines comme la police, le judiciaire, le renforcement de l’Etat de droit. « En fait, a expliqué De Kerchove aux 27, « il y a une fenêtre d’opportunité », nouvelle car jusqu’ici le Pakistan était plutôt fermé aux coopérations étrangères – du moins européennes – dans le domaine de la sécurité. Fenêtre d’autant plus intéressante que les « Européens jouissent là-bas d’une excellente réputation ».

Les 27 ont tous compris l’intérêt de cette main tendue. Et semblent décidés à réagir assez vite. Encore faut-il savoir sur quoi et comment ? Une mission d’ordre technique devrait partir ainsi, à nouveau, dans la région, d’ici le printemps, associant des spécialistes de la Commission et de l’Union européenne. Il s’agit de déterminer dans quel secteur agir, par quelles actions, de quelle nature, selon quel volume, et quel format elle pourrait mobiliser. Est-ce une simple coopération technique, multilatérale ou une mission plus structurée de la PESD ? Il faut également savoir quel cadre financier peut intervenir. La Commission européenne doit ainsi examiner si l’Instrument de stabilité peut être mobilisé (ce qui permet d’avoir des financements rapidement).

Une première discussion, au niveau politique, devrait avoir lieu assez rapidement, au Gymnich, le Conseil informel des ministres des Affaires étrangères), les 27-28 mars, ainsi qu’entre chefs d’Etat et de gouvernement, en marge du Conseil européen, quelques jours auparavant. Tout ceci ne peut être totalement détaché du contexte afghan avec une demande américaine d’engagement plus important de l’Europe – demande réitérée au sein de l’Otan et exprimée encore récemment aux Européens (voir la réunion Otan-Commission Européenne) et qui devrait être discutée de façon plus approfondie à la réunion informelle des ministres de la Défense des 26, à Cracovie les 19-20 février ainsi qu’au Sommet de l’Otan de Kehl-Strasbourg, début avril.

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).