Le bouclier antimissile reporté sine die ?

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(B2) « Il faut essayer d’avoir des relations stables avec la Russie et éviter de créer des problèmes qui ne sont pas nécessaires ». Ce propos d’un diplomate de haut rang, bon connaisseur des questions de défense, tranche singulièrement avec la prudence ordinaire des Européens quand on les interroge sur le bouclier anti-missiles. Nous étions quelques journalistes autour d’une petite table dans une salle à l’abri (normalement) des oreilles indiscrètes, ce midi. Et la conversation était assez libre, bien sûr sous couvert de l’anonymat.

Le bouclier ne se fera pas. Le diplomate explique ainsi franchement son sentiment (qui semble aussi celui de l’administration Obama, *) : ce projet d’installation d’une partie de bouclier anti-missiles, en Pologne et en République tchèque, « n’est pas vraiment nécessaire« . Il n’a « pas de possibilité technique, économique et de fondement stratégique« . « Et cela ne se fera pas ! » Bien sûr, nous n’allons pas l’annoncer comme cela, brutalement. « Nous n’allons pas faire ce cadeau aux Russes. On va étaler le projet dans le temps, l’amender, le reporter« . « Il faut arrêter de faire de la planification militaire pour s’attaquer les uns les autres » (entre Occidentaux et Russes). Cela n’a plus de sens aujourd’hui… explique ce diplomate.

Une violation du deal de 1989. Au passage, on évoque l’accord passé entre Russes (Soviétiques) et Occidentaux, entre le Pacte de Varsovie et l’Otan, à la réunification allemande après la chute du mur de Berlin. Un deal mythique au point qu’on peut se demander s’il a existé. Oui confirme ce diplomate, il y avait bien un « deal mais oral« . Qui consistait pour les Soviétiques à un retrait de leurs troupes d’Allemagne de l’Est (et des autres pays de l’Est), leur acceptation de la réunification allemande et donc de l’intégration de la partie est de l’Allemagne à l’Otan. Et pour les Occidentaux « non pas comme on l’a dit – à une neutralisation des anciens pays d’Europe de l’Est – avec interdiction qu’ils adhèrent à l’Otan. Mais un engagement à ce qu’à l’est de Berlin, il n’y ait pas d’infrastructure et de forces de l’OTAN » fixes. « Cet engagement a jusqu’ici été respecté. » Il n’y a pas eu de troupes « extérieures » implantées à demeure dans ces pays. Le projet Bush-Topolanek-Kaczinski « constitue – même si ce n’est pas un projet (stricto sensu) de l’Otan mais des Américains, en quelque sorte, une violation du deal de 1989. On peut le dire » reconnait notre interlocuteur… (**)

(NGV)

(*) Ainsi que de plusieurs responsables politiques, Tchèque, voir Dienstbier, comme Polonais, voir Sikorski.