Solana: le point-passage de Rafah rouvert d’ici fin février ?

(BRUXELLES2) Quand Javier Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, s’exprime sur l’après-élection aux Etats-Unis, il faut s’attendre à ce qu’une large partie de son intervention soit consacrée à Gaza. Surtout quand le diplomate en chef de l’UE revient tout juste d’un voyage de trois jours dans la région où il a rencontré l’envoyé spécial américain tout juste nommé, G. Mitchell. Cette intervention (*) m’a parue intéressante sur deux points essentiels : l’accès à l’aide humanitaire, qui reste encore parcellaire, et les négociations interpalestiniennes et avec Israël pour lesquels Solana semble avoir bon espoir, puisqu’il s’est même permis de donner un calendrier… assez précis.

L’espoir de Javier Solana

Le Haut représentant a exprimé son espoir de voir les parties s’accorder sur « un cessez-le-feu véritable qui puisse durer plus qu’un an« . La négociation menée par le gouvernement égyptien (soutenue par les Européens) est à double effet. D’abord entre les différentes « factions palestiniennes » (autrement dit l’autorité palestinienne et le Hamas), et en parallèle sur un accord de cessez-le-feu permanent avec Israël. Afin d’aboutir à un accord sur la « réouverture pleine et entière des points de passage« , puis « d’entamer la réconciliation« . Javier Solana espère un « cessez-le-feu permanent vers le 4-5 février et un accord inter palestinien vers le 24-25 février« . Si ces objectifs sont tenus, le « point de passage de Rafah pourrait être réouvert », où sera présent la mission européenne Eubam. L’Union européenne soutient un gouvernement de « consensus » ou de « techniciens », comme proposé par le président de l’autorité palestinienne, M. Abbas à la conférence de Koweit. « C’est important de parler de deux Etats et non de trois », a-t-il complété.

L’aide humanitaire ne passe qu’au compte-goutte

Javier Solana a cependant pointé du doigt un problème fondamental : « Les points de passage (entre Israël et Gaza) ne sont pas complètement ouverts. 150 camions seulement passent chaque jour, et chargés de 15 à 20 types d’articles d’aide humanitaire. (…) Ce qui est un niveau trop réduit. »a-t-il expliqué. Et de préciser : « Deux mesures sont à prendre dans un délai très court : tout d’abord, augmenter le nombre d’articles d’aide humanitaire et aller au-delà des éléments de base, et, deuxièmement, augmenter le nombre de camions jusqu’à 600. Sans cela, le volume de l’aide humanitaire ne sera pas suffisant ». « La deuxième question, après l’aide humanitaire, est l’aide à la reconstruction – a-t-il ajouté – comment cela peut être fait sur le terrain et qui sera chargé de distribuer l’argent et de mener le processus de reconstruction ? » Un point crucial loin d’être réglé, selon des responsables du dossier à la Commission européenne.

Les problèmes au quotidien à Gaza

Dans une salle voisine, juste avant, deux responsables de la Commission, l’un de la DG Relations extérieures (Relex), l’autre de l’Office européen d’aide humanitaire (Echo), détaillaient, en effet, devant les députés de la sous-commission Défense du Parlement européen les difficultés pratiques auxquelles ils se trouvent tous les jours confronter : « Israël a restreint les arrivées d’argent à l’exception de celles nécessaires pour payer le personnel de l’l’UNWRA. Ce qui n’est pas suffisant. Notre aide va se trouver gravement affectée car on ne peut même pas faire les virements par le biais de Pegase. Et donc faire repartir l’économie » a expliqué Leonidas Tzedapidis (DG Relex).

Parmi les problèmes, a complété Jean-Claude Heyraud (DG Echo), il y a « l’approvisionnement en eau. Déjà avant ce conflit, il était compromis par l’absence de pièces de rechange et les possibilités de réparation. Mais aujourd’hui, le problème est crucial. Israël ne veut pas faire entrer de tubes nécessaires pour réparer les canalisations par crainte qu’ils soient utilisés à d’autres fins » (pour faire des lanceurs). « Il faut rouvrir la circulation pour les biens humanitaires et commerciaux Et que d’autres points de passage que Rafah soient ouverts (**). On ne peut pas revenir à la situation antérieure de status quo« , conclut Tzedapidis.

(*) Javier Solana s’exprimait dans une conférence organisée, jeudi matin, par le Parti populaire européen (PPE) et consacrée à la « coopération UE-États-Unis après l’élection d’Obama ».

(**) Précision importante : le point de Rafah n’est ouvert qu’au transit des personnes, m’a indiqué un spécialiste de cette question. Le transit lourd – marchandises et camions (d’aide humanitaire ou commerciaux) – n’est possible selon l’accord de 2005 que dans les points de passage tenus par Israël.

(NGV)

(article paru dans Europolitique. Photo : Javier Solana et Jonathan Evans, député européen conservateur britannique, président de la délégation UE-USA au Parlement européen » © PPE-DE)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).