PESD: la France règle sa part d’addition en Afghanistan! Autres enjeux

(B2)L’impression était visible depuis quelques semaines. La participation britannique à certains projets de l’Europe de la défense ne reposait pas uniquement sur l’enthousiasme européen de la nouvelle équipe politique à la tête du ministère de la Défense ou d’un retournement de situation. Cette impression avait été oralement confirmée, très officiellement, directement par une « petite phrase » de Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse au Sommet. Dont il faut, en général, examiner plus en détail toutes les locutions. Il n’y a pas, en général, que le brio du discours.

Une brigade française. Mon confrère Merchet le confirme sur son blog, et surtout le précise, aujourd’hui par une information venue des armées françaises. Il y aura bien une augmentation des troupes françaises en Afghanistan. Dans l’Est du pays. Le nombre reste encore imprécis. Mais il sera surement calqué sur celui des Britanniques. Une brigade, la « french brigade », regroupant les effectifs déjà présents (à Kaboul notamment) et les nouveaux renforts sera ainsi formée.

Une pièce rendue aux Britanniques. Le tempo était bien calculé et prévisible. Les Britanniques en cédant (en partie, en petite partie) sur quelques « idées » françaises comme le renforcement partiel du quartier général à Bruxelles, le budget pluriannuel pour l’agence européenne de défense et l’augmentation de ses effectifs ainsi que la coopération industrielle renforcée avaient exigé certaines capacités et engagements français supplémentaires en Afghanistan. Ceci explique également la « certaine » réticence allemande à ne pas trop soutenir la PESD (c’est un euphémisme). Les Allemands, déjà présents, mais au Nord du pays, coincés par une période électorale peu propices à ce genre d’engagement, ne tiennent sans doute pas à etre obligés de faire une contribution identique à celle faite par les Français.

Un autre enjeu : les postes à l’Otan
. Pour la France, autant ce semestre aura été « européen », autant le prochain sera « otanien ». C’est un des autres enjeux de cette grande partie de cartes et de redistribution des rôles qui se déroule actuellement sur le plan de la défense européenne (Otan et Ue) : si je participe à hauteur en Afghanistan, il faut des postes-clés. Une discussion entamée déjà avec les partenaires britanniques et allemands. Une des idées défendues étant un rééquilibrage des rôles en faveur du couple franco-britannique. Et la construction d’un pilier européen réel pour l’Otan. Plus exactement, ce que voulaient les Américains depuis le début, que les Européens prennent en charge la gestion de leur sécurité sur le continent. En gros, l’Otan « territoriale » dirigée par les Européens ; l’Otan « extérieure » dirigée par les Américains.

Dernier enjeu : économique. Le dernier enjeu est lui, beaucoup, plus concret. Il s’agit de la restructuration de l’industrie européenne : liens croisés, fusions, regroupements sont actuellement à l’étude. Et l’idée là est d’avoir des champions industriels européens plus forts dans chacun des secteurs clés économiques. L’ouverture des marchés de la défense, avec l’adoption de la directive Transferts (*) et bientôt celle sur les marchés publics, normalement, en est le versant juridique et devrait accélérer ce processus. Le Ministre de la défense, Hervé Morin en avait évoqué quelques mots à Northwood au début du mois (lire ici), Français et Britanniques (avec les Allemands) ont des « deals » à faire. Là encore, l’Afghanistan sert de test.

Testé en Afghanistan, vendu partout ailleurs. Comme me l’avait résumé un expert du dossier à l’Otan, les Français vont expérimenter « certains matériels » (software aérien, guidage bombe, etc.). Un enjeu à la fois militaire et technique (test grandeur nature) et avant tout industriel. « Quand vous avez un matériel utilisé, testé en Afghanistan, dans le cadre d’une opération de l’Otan, devant les alliés, c’est une démonstration grandeur nature, pour ceux qui sont vos potentiels acheteurs. Une solide garantie d’achat. Vous pouvez ensuite utiliser l’argument « testé à l’Otan » comme argument de vente. » L’engagement d’avions comme le Rafale sur le terrain ne relève donc pas uniquement d’une prestation militaire. De même que le « prêt » des nouveaux véhicules Panhard aux observateurs français en Géorgie n’est pas un don totalement gratuit…

(NGV)

(*) apparemment malgré l’accord obtenu entre le Parlement européen et le Conseil, certains Etats membres semblent réticents à rejoindre le compromis et préféreraient retarder au maximum
l’accord.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).