Ministres français et anglais célèbrent les 10 ans de St Malo

(B2)Dix ans après le sommet franco-britannique de Saint-Malo, et la déclaration commune sur la défense européenne, les ministres britannique et français de la Défense, John Hutton et Hervé Morin, se rencontraient symboliquement, le 4 décembre à Northwood, au quartier général d’opération (OHQ) de l’opération européenne de lutte anti-piraterie (Eunavfor Atalanta), près de Londres. (Visite à laquelle j’avais été conviée).
Tous les deux se sont d’abord félicités du lancement prochain (le 8 décembre) de l’opération Atalanta. « C’est une opération d’importance, la première opération navale de l’UE. Et nous la soutenons, comme nous soutenons le renforcement des capacités de l’UE » a déclaré John Hutton. « Face l’augmentation des attaques de pirates, il était nécessaire d’agir. J’espère que cette opération pourra avoir un effet dissuasif  » Bien sûr a-t-il reconnu, que cela ne réglerait pas l’entièreté du problème de la piraterie. « Si nous ne l’avions pas fait, nous aurions encore plus été critiqué » a-t-il expliqué, « l’opération devrait amener une amélioration significative du problème ». Un optimisme partagé par Hervé Morin. Bien sûr, a-t-il reconnu, 6 à 7 bâtiments « cela peut paraître peu par rapport à une zone immense, 3000 km sur 1000 km. Mais on ne pouvait rester les bras ballants. Et l’initiative de l’UE peut être complétée par d’autres pays. Entre les Européens – avec « Atalanta » – , l’Otan et les pays tiers, nous pouvons avoir près de 15 bateaux sur la zone, cela commence à être significatif et dissuasif ».


John Hutton (Uk) et Hervé Morin (Fr) au quartier
général de Northwood © NGV

Le Royaume-Uni fervent soutien de la PESD… depuis toujours ! John Hutton en a profité pour se livrer à un véritable plaidoyer en faveur de la PESD : « l’UE dispose d’un puissant ensemble de ressources – l’expertise civile, des forces militaires, la puissance économique et le plus vaste réseau diplomatique dans le monde, ainsi qu’être le plus grand donateur de développement. Cela la rend bien placée pour répondre à l’instabilité » dans le monde. Trouvant que cet enthouiasme était particulièrement nouveau, je lui ai demandé pourquoi un tel changement de position car il ya un an encore, on ne voyait pas encore le Royaume-Uni aussi pro-Pesd. Ce à quoi Hutton s’est montré (finement) très étonné. « Je ne reconnais pas du tout votre description. (Nous sommes) pour renforcer l’Europe. Et la PESD est vraiment très importante pour cela. Cela suppose des objectifs stratégiques. » Sous-entendu, ce que nous avons aujourd’hui… (un propos qui confirme une précédente interview dans le Sunday Times)

Sans le Royaume-Uni pas de progression de la PESD. Quant à Hervé Morin, il a assuré son identité de vues avec les Britanniques : « L’Europe de la défense ne pourra progresser qu’avec le Royaume-Uni. Cela peut paraître contradictoire mais c’est la réalité. Nos deux pays sont ceux qui dépensent le plus pour la défense et qui ont encore une industrie. Sans la France et le Royaume-Uni, rien ne se fait. Le principe de la Pesd n’est pas se substituer à l’Alliance Atlantique mais d’en être complémentaire. Et le meilleur exemple est cette opération que nous lançons contre la piraterie. Nous avons des bateaux Otan qui patrouillent. Et bientôt les bateaux européens vont prendre le relais ».

Le ministre français a aussi évoqué certaines idées pour renforcer l’industrie européenne de défense.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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