La mission Eubam Rafah, suspendue, prête à redémarrer ?

La mission Eubam Rafah, suspendue, prête à redémarrer ?

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(BRUXELLES2) Mise en place à la suite des accords entre Israël et l’Autorité palestinienne, en novembre 2005, cette mission de surveillance du point de passage de Rafah a subi très vite le changement politique après la victoire du Hamas aux élections en janvier 2006 et le boycott de Gaza par Israël. Entre juin 2006 et juin 2007, le point de passage – fermé en temps normal – a pu être ouvert à plusieurs reprises de façon exceptionnelle. Ce qui avait permis à 443 000 personnes de transiter (en provenance de Gaza ou d’Egypte). Depuis la mission est en sommeil. Mais depuis mai dernier, un renforcement et un redémarrage rapide de la mission avait été préparé par le CCPC (l’Etat-Major civil de crises à Bruxelles).

La présence pouvait sembler inutile

Mais pour les diplomates européens, il est important de garder, dans la région, une présence. Je leur avais demandé pourquoi à plusieurs reprises. Et ils m’avaient répondu : « il est important que l’Europe garde une place dans la région. Si la situation change et qu’il est nécessaire d’intervenir, nous devons être prêts ». De façon officielle, les 27 avaient d’ailleurs, à plusieurs reprises, expliqué que « l’UE est déterminée et prête à redéployer son personnel au point de passage, dès que les conditions le permettront ».

La mission a ainsi régulièrement été renouveléeµ

En dernier lieu, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense avaient décidé de prolonger la mission jusqu’au 24 novembre 2009. Et un nouveau chef nommé, le colonel français de gendarmerie, Alain Faugeras, en remplacement du général italien Pietro Pistolese. Une vingtaine de douaniers européens sont toujours à pied d’oeuvre (18 internationaux très exactement) basés à Ashqelon.

Un plan de redéploiement préparé

Selon un rapport de réévaluation de la mission, restaurer la capacité opérationnelle de la mission suppose un renfort immédiat de 28 personnes pour permettre une présence de deux équipes 7 jours sur 7, suivi d’un autre renfort de 30 personnes pour amener la capacité de la mission à 30 personnes. Une décision du Comité de politique et de sécurité (COPS) en mai avait prévu ce renforcement. Après un premier appel à contributions envers les Etats membres, une première sélection de 23 officiers (frontières, douanes, liaison), provenant de 9 Etats membres (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède), a ainsi été effectuée. L’objectif fixé est de pouvoir remonter à la pleine capacité opérationnelle en 10 à 14 jours.

Quelques postes sont encore en recrutement d’ailleurs (essentiellement par détachement d’Etats membres). Télécharger

Un changement de mandat nécessaire pour le Parlement européen

A l’occasion du vote d’une résolution, en février dernier, plusieurs eurodéputés — qui revenaient d’une visite à Gaza, et dans les territoires palestiniens — avaient demandé que le mandat de la mission européenne soit revu. « Si on veut relancer la mission, il faut changer son mandat, avoir un accord non seulement avec Israël mais aussi avec l’Egypte. Une mission dotée de moyens de coercition, qui ne soit pas seulement des observateurs, qui ait un mandat d’interposition » estime Philippe Morillon (UDF). « Tant que nous n’aurons pas mis des forces d’interposition, là où il y a le mur, il n’y aura pas de solution. Et Il n’y a que l’Europe qui peut le faire, les Etats-Unis sont trop partisans » a ajouté l’ancien commandant de la Forpronu en Bosnie. « Maintenir la paix ne suffit pas, il faut une force de création de la paix » approuvait sa collègue socialiste hongroise Gyula Hegyi.

(Nicolas Gros-Verheyde)