La situation dégénère au Congo, un Battlegroup UE en renfort ?


(B2)Ce n’est bien sûr pour l’instant qu’une éventualité. Mais elle est actuellement au coeur de certains scénarios de la présidence française. (Le ministre des Affaires étrangères, français, Bernard Kouchner vient de confirmer officiellement cette possibilité).

En effet, la mission de l’Onu au Congo (Monuc) – qui avait pris le relais de la mission de l’UE (RD Congo) – est soumise à une pression intense. Les forces de l’ONU sont à la limite de leurs moyens comme l’a affirmé, mardi, le représentant spécial du Secrétaire général en RDC, Alan Doss, dans une conférence de presse. « La situation est très tendue ». « Il semblerait que le Congrès national du peuple (CNDP) souhaite attaquer Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, et Rutshuru, à 100km de là, et d’autres centres de population. En vertu de notre mandat, nous essayons d’empêcher que cela ne se produise », a-t-il expliqué (entretemps, le CNDP est passé à l’action, l’armée congolaise des FARDC s’est repliée, et la population civile fuit la ville).

La Monuc a atteint ses limites et demande des renforts

« Des combats ont eu lieu près des camps de déplacés, qui étaient protégés par la MONUC et les forces gouvernementales. Certaines positions occupées par les FARDC ont été abandonnées, ce qui a fait peser une pression supplémentaire sur la MONUC », a ajouté Alain Doss. Certains membres des FARDC ont même « perdu le contrôle et se sont mis à tirer sur des agents humanitaires qui essayaient de mettre des personnes déplacées à l’abri ». « Nous avons fait savoir au gouvernement que cela était inacceptable », a-t-il insisté.

Il a aussi expliqué que la Brigade du Nord-Kivu n’était pas aussi nombreuse qu’on pouvait le penser, pour couvrir un territoire grand comme la France, sans routes et peu de voies de communication. Et a demandé l’octroi de deux bataillons d’infanterie légère ainsi que de quelques unités des forces spéciales et de police pour la renforcer. Cette demande a été examinée par le Conseil de
sécurité de l’ONU, sans prendre vraiment de décision.

En attendant une décision définitive, le Battlegroup serait l’instrument le plus approprié

Si une décision de renfort s’avère nécessaire, elle devra cependant être effectuée très rapidement, vu la situation sur le terrain. L’armée congolaise a – pour l’instant quitté Goma (selon l’AFP) – et la population civile fuit. C’est le type même de situation pour lequel un battlegroup de l’Union européenne est amenée à répondre.

Un des Battlegroups de permanence étant composée de français, espagnols, et allemands – qui connaissent bien la région, pour avoir composé les effectifs principaux de l’opération Eufor RD Congo en 2006 – il pourrait être naturel – de plus sous présidence française de l’UE – d’utiliser cet instrument, qui n’a jamais été utilisé jusqu’ici.

On sait que l’Allemagne, qui est la nation cadre de ce battlegroup, est souvent réticente, à l’envoi de ses troupes hors du territoire européen. Mais il faudra aussi poser la question du fondement de l’existence de ce type d’instrument : si dans cette situation, le Battlegroup n’était pas utilisé, il serait vraiment légitime de se demander quand il le sera, et à quoi sert de mettre en place une telle type de force de réaction rapide, pour ne pas l’utiliser quand la nécessité l’impose.

NB : La MONUC est présente sur quatre fronts, dont le Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et dans la Province orientale, où l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army), groupe armé connu pour ses activités sanglantes dans le nord de l’Ouganda était encore récemment active.

(NGV)

(Photo : Marie Frechon / Monuc)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “La situation dégénère au Congo, un Battlegroup UE en renfort ?

  • 30 octobre 2008 à 04:27
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    Pouvez vous rappellez les moyens et les objectifs de la MONUC ? Cela fait plus de 15 ans que des guérillas agissent dans la région et les forces onusienne et européennes qui ont déja était dans ce pays n’ont pas réglé la question.

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