Le belgo-néerlandais Fortis dans l’œil du cyclone

(Archives) Les trois gouvernements du Benelux, peu suspects d’interventionniste étatique, ont décidé de demi-nationaliser la banque Fortis, soumise à une forte spéculation, pour éviter sa faillite. Fortis est la première grande banque de la zone Euro à subir les foudres de la crise financière.

Une institution

Fortis est la première institution financière du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) et la vingtième en Europe. Elle emploie près de 65 000 personnes (équivalent temps plein), dont un tiers en Belgique. Et 6 millions de clients y ont un compte. Elle est aussi le sponsor du Sporting d’Anderlecht, l’équipe emblématique du foot belge. Mais avec le rachat du néerlandais ABN Amro, la banque a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre, et en misant sur le marché immobilier américain, a pris des risques, aujourd’hui sanctionnés.

Une négociation de crise

Durant tout le week-end, se sont succédé les réunions de crise qui ont associé notamment les ministres des Finances du Benelux, le président de la Banque centrale européenne, et même Christine Lagarde, au titre de la présidence de l’Union européenne et de l’impact sur certaines banques françaises. Après avoir envisagé toutes les solutions privées, comme ING ou BNP Paribas, les négociateurs ont fini, à 23 heures dimanche, par se résoudre à une solution « tout publique », en injectant 11 milliards d’euros dans l’entreprise. Chaque pays a reçu en échange 49% de sa filiale nationale. Une nationalisation partielle en quelle sorte. Sans succès immédiat. Le titre Fortis perdait 24% à la bourse de Bruxelles, lundi.

L’aval de la Commission

La Commission européenne a été « très étroitement associée » aux négociations. Et elle devrait se montrer très souple dans l’application des règlements de concurrence. Un aval tacite en quelque sorte. A « situation exceptionnelle, appréciation intelligente », explique-t-on au siège européen.

Nicolas Gros-Verheyde
(article paru dans Ouest-France)