Entre réalité et propagande, la Commission va devoir choisir

(B2)Une transparence à sens unique
On peut remarquer que la volonté de transparence – souvent invoquée par la Commission européenne – s’avère parfois à sens unique. Commen en matière de ratification du Traité de Lisbonne. Ainsi le double comptage a – jusqu’ici – été très rarement, voire jamais mentionné par la Commission européenne. Et ce n’est que du bout des lèvres que celle-ci reconnaît que le seul instrument qui compte, qui a valeur juridique pour l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne est le dépôt de l’acte de ratification. Ce qui est tout de même gênant pour une instutition qui invoque la « transparence », tous les jours, et est officiellement la « gardienne du Traité ».

Un choix de stratégie
Or les Etats membres ratifient à leur rythme, lentement, le Traité de Lisbonne. Car ils doivent régler chacun des problèmes internes : d’organisation décentralisée comme en Finlande, avec les iles Aaland, de hiérarchie juridique comme en Allemagne ou république Tchèque, de positionnement politique du Président en Finlande, en République tchèque (encore) et en Pologne, par exemple (deux de ces trois pays étant en régime de cohabitation politique). Pourquoi ne pas rendre compte de cette progression lente mais sûre, plutôt que d’annoncer un chiffre victorieux – 24 ratifications – et de s’apercevoir en fait que ce chiffre n’est pas tout à fait exact ?

La lente réalité me paraît plus sûre qu’une demi-vérité assénée rapidement. Pour plusieurs raisons. Philosophiquement, le jeu qui consiste à choisir le chiffre qui arrange me dérange. Il me paraît être plus proche d’ailleurs de la propagande que de l’information. Entre une demi-vérité et un demi-mensonge, la frontière est faible. Politiquement, cette posture est dangereuse. elle accrédite l’idée qui court qu’à « Bruxelles on nous cache quelque chose ». Or il est un fait :  si on peut critiquer les institutions européennes, celles-ci ont souvent un comportement et un mode de fonctionnement largement plus crédibles et que n’importe quel gouvernement ou administration d’un Etat membre national. Si on veut continuer de convaincre du bien-fondé de la construction européenne, il faut donc arrêter de vouloir duper les peuples, avec quelques artifices douteux. C’est peut-être douloureux. Mais c’est nécessaire.

Arrêter la propagande et délivrer une information adulte
A mon sens, contrairement à certaines analyses – ceux qui croyaient que la Constitution serait ratifiée un jour, que faire un nouveau traité n’était pas possible, que l’Europe faisait une erreur en acceptant les pays d’Europe de l’est (voir une analyse sur l’Ukraine) etc… – l’Europe a encore des ressources insoupçonnées, et les peuples qui la composent sont désormais adultes. Pour moi c’est cela la principale leçon des trois référendums du Non (France, Pays-Bas, Irlande).

J’ira même plus loin. Il faut que l’Europe retrouve sa capacité de parole, d’intervention. Il faut qu’elle arrête de se réfugier derrière un quant-à-soi prudent, se refusant dès qu’un projet national est trop sensible, à dire ce qu’elle en pense – pour ne pas vexer l’un ou l’autre -, et reléguant le problème à l’Etat membre. Elle ne doit pas dire : je ne « peux pas me prononcer » quand elle veut dire « je ne veux pas me prononcer ». Elle ne peut pas, en permanence, se défausser de certaines questions – la crise financière spéculative, l’augmentation de la pauvreté, l’écart croissant des richesses – en rejetant en permanence ces questions sur les Etats membres (donc sur les peuples).

Le monde a changé. La population change. L’Europe doit renoncer à certaines de ses rigité qui ne tiennent plus la route et tenir le langage de vérité. C’est avec cela qu’elle regagnera le coeur et le vote des citoyens. Non par de chimériques mensonges de papiers…

(NGV)