EU NAVCO, la nouvelle opération militaire de coordination navale Somalie

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(B2) Nom de code : EU NAVCO. Ca y est. La situation en Somalie et au large de ses côtes préoccupe « gravement » le 27 Ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne. Ils ont donc avalisé, le 15 septembre, la mise en place d’une « cellule de coordination » militaire, au sein de l’Etat-major de l’Union européenne, dénommée « EU NAVCO » (lire les conclusions).

Mission: « soutenir les actions de surveillance et de protection menées par certains Etats membres au large des côtes de la Somalie ». Ce dans le cadre des résolutions 1814 et 1816 du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui organisent la lutte contre la piraterie, protection des navires affrétés par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Effectif : commandé par un capitaine de vaisseau espagnol, elle comprendra trois autres personnes : un capitaine de frégate français (déjà présent), un officier chypriote (qui arrive en fin du mois) et un sous-officier qui doit être nommé.

Coût : 15 000 euros (le plus faible coût d’une opération européenne). Chaque Etat prend en effet en charge les salaires de son personnel. L’Etat-major de l’UE est déjà installé. Il ne s’agit que des coûts marginaux.

Et maintenant : l’action commune qui sert de base juridique à l’action devrait être approuvée par procédure écrite le 19 septembre. Mais surtout les 27 (ou plutôt les 26 – le Danemark ne prend normalement pas part au vote quand il s’agit d’une opération militaire) ont « approuvé une option militaire stratégique portant sur une éventuelle opération navale militaire de l’Union européenne. » Et ont demandé à ce que les travaux de planification « progressent rapidement ».

Quelles options militaires ? Interrogé par les journalistes, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, qui présidait le Conseil a, été plutôt flou, semblant noyer le poisson.. « Il n’est pas question d’avoir une escadre sur place ou d’attaquer les pirates. » a-t-il expliqué. Et d’ajouter « Ce n’est pas simple de protéger toutes les zones de pêche. La zone à couvrir est très large, elle ne couvre pas seulement la Somalie ». Et les pirates sont  « rusés, bien organisés, avec un bateau central et des bateaux rapides qui fondent sur leur proie« .

Au regret de devoir contredire notre vaillant ministre des Affaires étrangères qui avait apparemment autre chose à faire que s’occuper de quelques pêcheurs aux prises avec des pirates dans l’Océan indien, on peut dire qu’effectivement:

1° Une option militaire est à l’étude, ou plutôt trois, qui font partie des « options militaires stratégiques » (voir comment se passe une planification). 1ère option = « dissuader » et arrêter les pirates ; 2e option = protéger les bateaux marchands et autres bateaux en leur assurant une escorte ; 3e option = option 1 + option 2. C’est cette troisième option qui aurait la faveur des Etats membres.

2° Le capitaine espagnol et son homologue français sont déjà à pied d’oeuvre à l’Etat-major à Bruxelles. Une dizaine d’Etats membres soutiennent une opération et sont prêts à y contribuer en bateaux (France, Espagne, Allemagne, Pays-Bas) ou/et hommes (Chypre, Belgique, Bulgarie, Suède, Italie, Estonie…).

3° Plusieurs experts du Conseil de l’UE sont en partance pour Djibouti, afin d’étudier – avec les Français qui y disposent d’une base permanente – les modalités pratiques d’établissement d’un Etat-major de force (FHQ) ainsi que les modalités logistiques et d’en évaluer le coût.

4° Quant au quartier-général de commandement, l’OHQ, les Européens sont divisés. Certains Etats-membres seraient pour utiliser celui de l’Etat-Major de l’UE, à Bruxelles, beaucoup plus pratique, l’autorité politique et budgétaire étant plus proche, cela « facilite bien des choses et évite bien des déplacements » explique un diplomate européen. Il n’est que de voir les difficultés qu’a l’OHQ Tchad au Mont Valérien. Les Britanniques préféreraient que ce soit leur OHQ de Northwood qui sert aussi d’Etat-Major marine pour l’Otan. Mais sans susciter pour l’instant de fol enthousiasme.

L’objectif est de faire vite. Pour des raisons juridiques : le mandat de la résolution 1816 se termine début décembre ; en obtenir le renouvellement ne devrait pas poser trop de problème ; encore faut-il justifier avoir fait quelque pas. Pour des raisons concrètes : le nombre des attaques, l’équipement des pirates et leur audace ne cesse de croître. Fin septembre, la protection canadienne des bateaux du programme alimentaire mondial (PAM) cesse. Qui va les remplacer ? Personne ne s’est encore porté volontaire…

(NGV)