Un thônier breton échappe aux pirates près de la Somalie, l’UE se tâte

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(B2)Un thonier français de Concarneau, le Drennec a été attaqué, samedi matin, par deux bateaux hors-bord de pirates, alors qu’il se trouvait à 420 milles de la côte somalienne, dans les eaux internationales. Le capitaine du bateau, avec ingéniosité, a pu échapper aux pirates. Sans casse, malgré quatre tirs de roquette des pirates. Mais sans aide non plus.  « On a signalé l’attaque, précise Patrick Hélies le patron du Drennec, et on a demandé qu’on envoie au moins un avion pour suivre les pirates. On nous répond que ce n’est pas possible ». Tous les détails dans Ouest-France ce matin.

Cette attaque est la deuxième en trois jours. Le 11 septembre, au soir, le thonier espagnol Plaja Anzora a été attaqué par quatre hors-bord alors qu’il se trouvait à 320 milles des côtes somaliennes (soit hors de la zone des 200 milles de la zone économique exclusive et au-delà de la limite des 300 miles, habituellement considérée comme la limite de leur action). Il a pu s’enfuir à la faveur de la tombée de la nuit. Tous les chalutiers de la zone ont donc décidé de se replier sur les Seychelles.

Quant à l’Union européenne, elle tergiverse. Cela fait plus de trois mois que le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé le recours à la force y compris dans les eaux territoriales de la Somalie (résolution 1816). La France et l’Espagne poussent à une initiative (1). Ils sont soutenus par de nombreux Etats membres de l’Union européenne (Allemagne, Pays-Bas, Estonie…) prêts à envoyer des bateaux dans la zone ou participer d’une manière ou d’une autre à l’opération. Mais cela bloque. Les réunions se sont succédé tout l’été dans les différents groupes du Conseil et notamment au Comité de politique et de sécurité (COPS). De nombreuses questions (juridique, militaire, financière, administrative…) se posent – et c’est logique car il s’agit d’une mission totalement nouvelle pour l’Union européenne (l’Europe de la Défense n’a jamais eu de mission maritime). Une « Option Militaire stratégique pour une possible opération PESD en vue d’une contribution à la mise en œuvre de la résolution 1816 du Conseil de Sécurité des Nations Unies » a été discutée. Mais cela bloque…

Pourquoi ? Soyons honnêtes. Au-delà de ces questions « opérationnelles », c’est essentiellement un motif politique qui est en jeu : l’Europe doit-elle intervenir ou ne pas intervenir ? Et là, on retrouve dans leur posture traditionnelle du « No »… les Britanniques (2). Peut-être parce qu’ils n’ont aucun navire de pêche dans la zone… Mais surtout pour des raisons philosophiques : le Royaume-Uni ne veut pas entendre parler d’une nouvelle progression de l’Europe de la Défense ou d’un quelconque renforcement de l’Etat-Major de l’UE à Bruxelles. Cette attitude est très paradoxale pour un pays qui a soutenu à l’Onu la résolution 1816 (proposée par la France et les Etats-Unis) et s’est tôt engagé dans la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime (à travers la task force 150 présente dans l’Océan indien).

Reste à savoir combien de temps cette position va pouvoir tenir ? Combien d’attaques, d’otages, voire de morts faudra-t-il pour que la situation se débloque ? Là aussi comme en Géorgie, l’Europe est attendue. Et c’est pour elle une question de crédibilité. Et même une obligation de « protection » de ses concitoyens. La Commission européenne l’a rappellé à plusieurs reprises (3).

(NGV)

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