Polonais et Américains d’accord sur le bouclier antimissile

(B2) Le conflit en Ossétie-Géorgie aura au moins fait un heureux : le bouclier antimissile américain. Il pourra bien se déployer en Pologne (un premier accord ayant été obtenu avec la république Tchèque en juillet). Après plusieurs tergiversations, et des négociations qui ont connu des hauts et des bas durant plusieurs mois, les Etats-Unis ont finalement accepté d’installer une batterie de missiles à moyenne portée « Patriot », comme le demandaient les Polonais, et de participer à la modernisation de leur armée. Une batterie serait installée rapidement – prise en charge par les Américains. Plusieurs autres (on parle de cinq au total) seraient installées dans un second temps. La question du financement de cette deuxième phase ne semble pas claire, les Polonais pouvant en prendre en charge une partie.



L’objectif est
cette fois très clair
: il s’agit – comme l’explique un expert américain du MIT dans la presse polonaise – aussi de pouvoir détruire des missiles russe. Le sous-secrétaire d’Etat américain chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale, John Rood, était à Varsovie, mercredi, pour finaliser l’accord directement avec le ministre des Affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski – le vice-ministre Waszczykowski, chargé auparavant des négociations, ayant été révoqué car jugé notamment trop proche du président Lech Kaczyński.

Coté russe, on réfléchit à la réplique. Sont évoquées, dans la presse russe, par exemple un déploiement de missiles russes Iskander en Biélorussie, voire à Kalilingrad. Une escalade assez dangereuse. L’ambassadeur de la Russie à l’Otan, Vladimir Rogozine que j’avais rencontré au printemps avait été très clair quand je l’avais interrogé sur la question. Avec son franc-parler et son
coté provocateur nationaliste qui le caractérisent, il avait expliqué : s’il est installé, « nous devrons installer à notre tour un dispositif contre ces systèmes antimissiles. Nous n’aurions aucun problème pour tirer sur la République tchèque et Pologne ». Et de préciser, là directement en français (la conversation avait lieu par l’intermédiaire d’un interprète russe de l’ambassade), … au cas où j’aurais mal compris… : « d’abord tirer et attaquer. Tout ce système américain est une provocation. C’est un projet idiot. »

(NGV)

(Crédit photo : Us dpt of State)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).