Géorgie. L’aide européenne de sécurité civile se déploie

(B2) Aux cotés de l’aide humanitaire proprement dite, distribuée par l’Office d’aide humanitaire (Echo) – cf. un récit de leur première intervention –, l’Europe a mis en œuvre, depuis le 17 août, son mécanisme de veille et de coordination sécurité civile (MIC). Ce qui est assez nouveau dans de telles circonstances.

Un C-130 des forces helléniques grecques en Géorgie (crédit : ministère grec des Affaires étrangères)

Une douzaine d’États membres actifs

Voici le point sur l’aide ‘secours d’urgence’ établi sur la source de la Commission européenne au 21 août.

Autriche : kit d’urgence (qui couvrent le traitement médical de 10.000 personnes pour trois mois), matériel de couchage (dont 200 tentes, 1000 sacs de couchage, 3000 couvertures), équipement de lutte contre les incendies (56 réservoirs d’eaux). À noter que les Autrichiens ont été à l’initiative de la formation et de l’équipement des forces de secours en montagne notamment géorgiennes (dans le cadre de l’OSCE).

République tchèque : fournitures médicales (dont 280 unités de plasma sanguins, plus de 4000 bandages et 1000 albumines humains).

Estonie : fournitures médicales (dont 14.700 bandages, 2460 antibiotiques, 3000 solutions d’infusion, équipement d’ambulance et 8000 kits de premier secours), équipement de secours et recherche (Usar)

France : matériel de couchage (dont 123 tentes, 4000 couvertures, 1400 lits), équipement de lutte anti incendie (220 tenues anti incendie).

Grèce : matériel de couchage (65 tentes et 270 couvertures), 10 tonnes de médicaments pour environ 500 personnes, matériel de purification d’eau.

Hongrie : fournitures médicales et équipement (aide acceptée au départ par la Géorgie mais plus nécessaire à ce stade).

Lituanie : 22 tentes, assistance alimentaire, fournitures médicales (dont 27.000 bandages).

Lettonie : fournitures médicales (dont 18.000 bandages, 4000 produits sanguins et antibiotiques), alimentaires, matériel de couchage (52 tentes de différentes tailles, couvertures, matelas).

Pologne : médicaments et matériel général d’assistance

Suède : équipement et fournitures médicales (inclus cinq respirateurs artificiels)

Slovaquie: matériel de couchage (inclus 1000 sacs de couchage, 200 lits, 500 couvertures, etc), équipement divers (inclus vêtements)

Petits commentaires

Une solidarité des pays d’Europe centrale

La France est le seul des grands pays (avec la Pologne) à avoir prodigué son aide par ce canal. Point de Britanniques ou d’Allemands, par exemple, dans ce dispositif par exemple. Mis à part l’Autriche, la Suède et la Grèce, ce sont aussi les pays d’Europe centrale qui ont été les plus prompts à réagir, proximité géographique et historique oblige. Ce qui démontre aussi, qu’au-delà des mots et des subsides européens, ces pays savent retourner à d’autres la solidarité européenne dont ils sont bénéficiaires. Autre signe encourageant : la mise en place entre Français, Autrichiens et Slovaques d’un pool de transport : un avion Dash 8 de la sécurité civile a ainsi fait escale dans la nuit du 21 au 22 à Vienne pour embarquer du matériel.

Un démenti à ceux qui critiquent

L’ancien président lituanien, aujourd’hui eurodéputé et vice-président de la délégation Caucase, Vytautas Landesbergis, s’étonnait publiquement, mercredi, devant les journalistes au Parlement européen, que les Américains soient là où les Européens ne faisaient rien.

Cette longue liste est un singulier démenti. Tout comme la chronologie des faits : dès la crise, la France, notamment (suivie de la Grèce), faisait poser deux avions à Tbilissi, de même que les organisations des Nations-Unies, les Américains ont suivi ensuite. On peut difficilement s’expliquer comment Landesbergis, un homme pour qui j’ai de l’admiration pour avoir tenu son rôle dans l’indépendance de son pays, laisse parler un atlantisme aussi béat et fasse « plier » les faits à la cause qu’il défend.

Des outils humanitaires qui fonctionnent

On peut faire le reproche, en effet, à l’Union européenne de ne pas avoir davantage anticiper la crise au point de vue diplomatique et militaire. Mais pas d’avoir tardé au niveau humanitaire ou de sécurité civile. On pourrait même dire que le problème de l’Europe, c’est que des années après les premières crises auxquelles elle a eu à faire face, en Yougoslavie notamment, elle préfère toujours réagir avec ses outils humanitaires (qui sont assez performants), par timidité politique plutôt que par manque de moyens diplomatiques ou militaires.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Crédit photos : Ecasc, école d’application de la sécurité civile et ministère des affaires étrangères grec

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).