1990, Vaclav Havel: le parcours de la « haine collective » (Citation)

(B2) Dans un discours prononcé à Oslo, le 28 août 1990, Vaclav Havel, alors président de la Tchécoslovaquie, explicite le parcours qui conduit à la haine collective. Quelques phrases, concises, précises, qui préfigurent beaucoup…

« Les peuples d’Europe occidentale (…) ont l’impression justifiée d’avoir subi un préjudice historique. Le sentiment hypertrophié d’avoir été lésé, caractéristique de la haine, y trouve donc logiquement un terrain favorable. Le système totalitaire, qui a régné pendant longtemps dans ces pays, avait tendance à tout uniformiser, à tout rendre identique et, de ce fait, pendant des décennies, il a réprimé toute expression d’autonomie ou, pourrait-on dire, tout « particularisme » des nations soumises. (…) Comment s’étonner donc que, au moment de leur libération, ces peuples aient perçu leurs différences respectives d’une manières aiguë ? Et comment ne pas s’étonner de cette différence, invisible durant des années, jamais vécue et jamais mentalement assimilée ? Débarrassés de notre uniforme et de nos masques, nous nous regardons pour la première fois mutuellement dans les yeux ; Et cette sorte de choc de notre « différence » qui se produit, peut favoriser l’apparition d’un rejet collectif, capable de se transformer, sans certaines conditions, en haine collective. »

(NGV)

(« L’Amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge », Vaclav Havel, éditions de l’Aube, 2007, p. 69).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).