Hannes Swoboda (Aut): une stratégie préventive possible (itv)

Hannes Swoboda (Aut): une stratégie préventive possible (itv)

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NB : cet article fait partie d’une série entamée en 2007 pour tenter de cerner les responsabilités européennes dans le drame en ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Socialiste autrichien. Hannes Swoboda est député européen depuis 1996, membre de la commission des Affaires étrangères et vice-président (depuis 1997) de la délégation du PE pour les relations avec les pays de l’Europe du Sud-Est.



Votre sentiment en 1990-91 ? Dans la coalition au pouvoir, il y avait des divergences. Pour nous socio-démocrates, les Balkans c’était du passé, une affaire terminée. Pour les Chrétiens-Démocrates, c’était légèrement différent. Pour un homme catholique comme Alois Mock (nb : le ministre des Affaires étrangères), la Croatie avait plus d’importance. On avait dit à nos amis français que c’était impossible de garder la Yougoslavie. Les tendances séparatistes en Slovénie et Croatie étaient très fortes.

Que fallait-il faire ? Une stratégie préventive de la Communauté européenne, incluant Autriche, aurait permis un processus de séparation plus pacifique, comme entre la République tchèque et Slovaquie ou, plus tard, entre la Serbie et Monténégro. C’est à mon sens la plus grande erreur. La question n’était pas de dire Ok pour la séparation, mais de l’accompagner. Une intervention militaire limitée, incorporée par l’Otan et sous l’ombrelle de l’Onu aurait permis ensuite d’avoir une discussion, d’avoir la possibilité d’un processus pacifié de discussion.

Quel est la faille de l’Europe ? La Communauté européenne n’a pas été fondée pour stabiliser le voisinage mais pour amener la paix entre ses membres. Ce qui a certaines conséquences avec nos voisins, les réfugiés… La nouvelle stratégie européenne n’est pas d’aller avec des forces militaires, pour faire des colonies, mais de stabiliser ces zones. Mais cette intervention doit relier le militaire (comme au Kosovo), la police, la reconstruction des institutions et de l’Etat de droit, et amener une changement d’état d’esprit dans la population. Cela ne se fait pas en un an. Il faut donc éviter d’intervenir un ou deux ans et se retirer ensuite. Cela n’aurait encore aucun sens.

L’Europe est-elle mieux préparée aujourd’hui ? Nous n’avons pas de structure militaire, sauf l’Otan. On n’a pas plus instruments ni juridiques, ni militaires. Et les Etats membres ne sont pas prêts à changer cela. Il y a une résistance de plusieurs gouvernements. Avec des règles nationales, des commandements différents, on ne peut rien faire d’efficace. Avoir des règles communes d’intervention militaire n’est pas uniquement une question de bonne volonté. Si des groupes recréent une armée de libération nationale ou des groupes terroristes, on sera face à une situation difficile.

Aujourd’hui, pour le Kosovo, vous craignez un dérapage ? Je ne crois pas. On craignait des évènements après la décision des Nations-Unies de prolonger les discussions en mai – juin 2007. Et il n’y a pas eu çà. (…) Les Serbes ne seraient pas heureux avec le Kosovo, ils auront un permanent conflit. Ils auraient peut-être formellement le Kosovo, mais aucune influence sur celui-ci. (…) S’ils cherchent à séparer la Rep Srbska, ils auront aussi de nouveaux problèmes.

Les Serbes ne l’acceptent pas ? On doit faire pression sur les Serbes pour favoriser une solution au Kosovo. On ne peut pas leur demander d’accepter cette solution mais il s’agit qu’ils ne l’entravent pas. En Europe, nous avons eu des conflits qui viennent seulement d’être résolus, plusieurs années après, regardez l’Irlande et le Royaume-Uni c’est tout récent – ou ne le sont pas encore (l’Eta). Je reste assez optimiste. Si le traité est ratifié et que la Croatie rentre en 2011, on aura un processus avec une adhésion à l’Union européenne à l’horizon 2014-2015.

(NGV)

(Entretien réalisé le 28 août 2007 en vis-à-vis)