Dans le monde, quatre « zones-clés » pour la sécurité européenne.

(B2) L’Etat-major de l’Union européenne, basé à Bruxelles, surveille de très près plusieurs zones dans le monde qui pourraient requérir une intervention militaire européenne pour une mission de paix ou de stabilisation en 2009. Trois zones sont particulièrement suivies : l’Abkhazie-Géorgie, si une décrispation russe se produisait, le Moyen-Orient, notamment si un plan de paix s’affirme entre Palestine et Israël ou l’Irak si les troupes américaines se désengagent, et l’Afrique, zone d’opération « naturelle » de l’UE et où de nombreux conflits sont sous-jacents.

Une situation à rapprocher des « menaces », décrites dans le Livre blanc (français) sur la défense, publié en juin, qui distingue quatre zones à risque :

L’arc de crise – de l’Atlantique à l’Océan indien. « Le risque, nouveau, d’une connexion des conflits se dessine, entre le Proche et le Moyen-Orient, et la région du Pakistan et de l’Afghanistan. L’existence de programmes en général clandestins d’armes nucléaires, chimiques et biologiques aggrave ce danger, alors que les pays de ces régions acquièrent en grand nombre, ouvertement ou non, des capacités militaires appuyées sur des vecteurs aériens et des missiles. La déstabilisation de l’Irak, divisé en communautés rivales, risque de s’étendre au Moyen-Orient. »
Conclusion: L’Europe et la France sont probablement appelées à s’engager davantage encore à l’avenir dans l’ensemble de la zone, pour aider à la prévention et au règlement des crises ».

La sécurité en Afrique subsaharienne. « La France et l’Europe ne peuvent se désintéresser du continent qui leur est le plus proche » d’autant que l’Afrique dispose de nombreuses ressources et est « de plus en plus convoitée ». Parmi les risques, les conditions de vies liées à une urbanisation croissante, absence de structures sanitaires, raréfaction de ressources alimentaires locales, guerres endémiques…

Le continent européen. « La Russie n’est pas encore allée jusqu’au bout de l’évolution amorcée pendant les années 1990. La construction de relations équilibrées reste un objectif majeur dans les années à venir. la stabilisation des Balkans doit appeler non une prise de distance, mais, au contraire, un redoublement d’attention. »

L’effet de conflits majeurs en Asie. « Les sources de conflits hérités de la seconde moitié du XXe siècle et toujours non résolus créent un risque d’autant plus grave que trois grands États nucléaires disposent de frontières communes, non reconnues internationalement (Inde-Pakistan, Chine-Inde). Un conflit en Asie aurait un impact important : économique sur un continent en croissance, énergétique – par la demande d’approvisionnement ; stratégique (routes maritimes…).

D’une façon générale, on ne peut que conseiller la lecture de ce Livre Blanc, dont on peut souligner une certaine clairvoyance dans l’analyse des risques et surtout une volonté bien affirmée de dépasser la stricte vision hexagonale pour  englober l’ensemble de l’UE. Ce qui assez rare dans les documents français de ce type pour être noté. Voir notamment un petit résumé des « vulnérabilités nouvelles » (qui pointe au passage le dérapage persistant en Afghanistan).

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).