Procès Fourniret. Soulagement en Belgique que la France ait récupéré son « pédophile »

(Archives) Le procès de Michel Fourniret et de son épouse est suivi, avec attention, en Belgique. Certes il ne recueille pas l’extravagance d’images, de commentaires et d’émotions qu’avait provoqués le procès Dutroux, en 2004. Mais, chaque jour cependant, les journaux publient le compte-rendu de l’audience de la veille. Comme il y a quatre ans, les deux chaînes de télévision principales, RTBF et RTL ont d’ailleurs consacré plusieurs « dossiers spéciaux » à l’affaire.

Ce procès, concerne, en effet, à plusieurs titres le plat pays. Certaines victimes – notamment la petite Élisabeth Brichet tuée par Fourniret – sont belges. Et c’est grâce la perspicacité de la population et l’entêtement des enquêteurs locaux – qui avaient en mémoire le « modus operandi » de Dutroux — que l’homme a été arrêté puis démasqué. L’affaire Dutroux avait provoqué un tel traumatisme en Belgique qu’elle a entraîné un changement de comportement et une plus grande réactivité de tous face aux rapts et crimes d’enfants. Et personne n’oublie que l’arrestation de Fourniret a eu lieu, durant le procès Dutroux, il y a quatre ans. Au point qu’on peut dire que sans cette affaire, Fourniret n’aurait peut-être jamais été inquiété.

Il y a donc, aujourd’hui, un réel soulagement, dans tout le pays, à voir ce procès se dérouler de l’autre coté de la frontière. La France a ainsi récupéré « son pédophile ». Et la Belgique qui se voyait accolée, depuis de nombreuses années, l’étiquette de « pays de pédophiles » n’est pas mécontente de voir qu’elle n’est pas la seule concernée.

Certes le procès a connu quelques couacs. Premier couac, le plus important, le retard mis dans le procès. Prévu au départ en 2006, il ne s’est finalement ouvert que deux ans plus tard. Deuxième couac, avant l’ouverture du procès, certaines familles de victimes se voient refuser l’aide judiciaire alors que les autorités judiciaires s’étaient engagées à ce que les plaignants belges puissent travailler dans les mêmes conditions que si le procès s’était tenu en Belgique. Enfin, l’irruption d’avocats manifestant contre la carte judiciaire, en pleine séance de procès, si elle est justifiée, paraît décalée par rapport aux familles de victimes présentes. Mais ils ne sont pas montés en épingle.

En revanche, les errements français — la remise en liberté de Fourniret après ses premiers crimes et son non-signalement comme individu dangereux — restent une faute impardonnable pour nombre de Belges. Comme l’indique Jean-Maurice Arnould, l’avocat de la mère d’une victime belge, Elisabeth Bouzet, des « suites » contre de l’Etat français ne sont pas à exclure. Les Belges observent d’ailleurs, avec étonnement, que cette affaire ne semble pas conduire à une remise en cause de certains dysfonctionnements de la justice française, comme il en avait provoqué en Belgique.

Nicolas Gros-Verheyde

Article publié dans Ouest-France, le 21 avril 2008, enrichi d’informations supplémentaires

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).