Le Sommet de l’Otan pourrait ne pas tenir toutes ses promesses

(BRUXELLES2) Le Sommet de l’Otan qui s’ouvre le 2 avril jusqu’au 4 à Bucarest (Roumanie) n’aura peut-être pas toute l’ampleur promise par ses organisateurs. Certes le nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement invités est conséquent. Aux 26 États de l’Alliance présents, s’ajoutent en effet les 23 pays membres du Partenariat pour la Paix — dont les pays de l’UE non membres de l’Otan et la Russie — ainsi que d’autres Etats ou organisations internationales qui participent à la coalition internationale en Afghanistan ou y contribuent : le Japon, l’Onu, et l’Union européenne – représentée par son Haut représentant, Javier Solana.

Mais des trois sujets principaux à l’ordre du jour — l’élargissement de l’organisation, l’opération en Afghanistan et le renforcement des capacités de l’Otan face aux nouvelles menaces (terrorisme, cybercriminalité, sécurité énergétique, catastrophes naturelles et technologiques…) – pourraient connaître un succès variable. Ce sommet devrait aussi être l’occasion de faire le tour des autres opérations de l’Otan — au Kosovo et en Irak —, de continuer la réforme la doctrine de l’organisation en matière de sécurité et de déterminer comment pérenniser la Force de réaction rapide de l’Otan (NRF) dont on ne peut pas dire qu’elle soit parfaitement opérationnelle.

Un mini élargissement

Si l’adhésion de la Croatie ne pose pas de problème, (et de l’Albanie), celui de la Macédoine se heurte à la question du nom du pays. La Grèce bloquant toujours, malgré la médiation de l’émissaire américain de l’Onu, une reconnaissance sous ce nom qui lui appartient historiquement, souligne-t-elle. Quant à l’arrivée de l’Ukraine et de la Géorgie, il pourrait être remis à quelques années supplémentaires, du fait de l’hostilité russe.

Sauver l’opération en Afghanistan

La situation en Afghanistan n’est pas fameuse. Malgré l’engagement international de près de 50 000 hommes – dont la moitié environ provient de l’UE – les
violences ont atteint un pic en 2007 avec 160 attentats suicide et plus de 8.000 morts, selon l’Onu. Plus de 218 soldats étrangers, dont 117 américains, sont morts cette année-là, la plupart au combat. Et l’Allemagne, notamment, rechigne à envoyer ses troupes au sud du pays, plus dangereux que le Nord où la Bundeswehr est stationnée. L’objectif de plusieurs pays, emmenés par les Etats-Unis, est cependant de conforter la présence internationale dans la région pour une durée assez longue (au moins 5 ans).

Après avoir menacé de retirer ses troupes, le Canada devrait confirmer à Bucarest le maintien de ses 2500 hommes dans la province « à risque » de Kandahar  — la chambre des communes canadienne a accepté, début mars, la prolongation de la mission jusqu’en 2011 — ayant obtenu des Alliés la promesse de renforts. L’arrivée de forces supplémentaires, notamment de pays de l’UE, à défaut d’aller directement dans le sud du pays, permettra en effet aux Américains de dégager des moyens pour cette région. La France devrait ainsi annoncer l’envoi de 1000 hommes supplémentaires, tout comme la Pologne (400 hommes et 8 hélicoptères), la République tchèque (100 hommes de l’unité d’élite de Prostejov et 3 hélicoptères Mi17-1) et la Roumanie (environ 120 hommes).

Quant à la Russie, comme gage de bonne volonté, elle pourrait confirmer la signature d’un accord global avec l’Otan, pour permettre l’acheminement, via son territoire, de la logistique nécessaire aux troupes de l’OTAN qui concernait tous les équipements, y compris militaires ; des accords analogues seraient signés avec le Kazakhstan et le Turkménistan.

Renforcer l’Otan

Le sommet sera aussi l’occasion d’examiner pour l’Otan d’examiner son propre futur. La France de Nicolas Sarkozy pourrait ainsi confirmer à ses alliés sa volonté de retrouver sa place dans les structures militaires intégrées de l’OTAN – qu’elle avait quittée sous l’impulsion du Général De Gaulle en 1966 et en partie réintégrée sous l’impulsion de Jacques Chirac à la fin des années 1990. Si la réintégration ne sera officialisée qu’au prochain sommet de l’Otan, à Strasbourg-Kehl en 2009, après la présidence française de l’UE, au deuxième semestre 2008, cette annonce à Bucarest devrait surtout donner le coup d’envoi de négociations sur les modalités de cette réintégration.

Cela signifiera en effet le retour des officiers français — environ 1000 selon les estimations — dans tous les commandements de l’OTAN et notamment au Shape, le quartier général de l’organisation situé à Mons (Belgique). Mais Paris ne devrait pourtant pas revenir au Groupe pour des plans nucléaires – la structure qui prend des décisions visant la politique nucléaire de l’Alliance. De son coté, la Finlande — pays non membre de l’Otan — pourrait confirmer sa participation à la Force de réaction de l’Otan – approuvée par son Parlement le 27 mars. Mais son voisin nordique, la Suède a décidé de reporter une décision analogue à l’automne.

Discussions avec la Russie et l’UE

Les réunions prévues avec les principaux partenaires de l’Alliance, particulièrement avec la Russie auront un intérêt tout aussi important que le sommet en lui-même. La réunion Otan-Russie aura, en effet, plusieurs sujets « brûlants » sur la table concernant la sécurité européenne : le bouclier antimissiles (lire : Un compromis russo-américain, sans les Européens ?), le traité sur les armes conventionnelles dénoncé par la Russie en décembre, le Kosovo (Lire : L’Onu restera au Kosovo après Juin ?), l’élargissement de l’Otan…

La réunion Otan-UE, pour être moins « agitée », n’en sera pas moins utile. Outre les points à l’ordre du jour du sommet, seront aussi évoquées les modalités de collaboration entre les deux organisations (ca ne marche pas!), notamment sur les opérations en Afghanistan avec la mission « Eupol » de police de l’UE, au Kosovo avec la montée en puissance de la mission « Eulex » de renforcement de l’Etat de droit ainsi qu’en Bosnie. L’opération « Althéa » de l’UE y est en effet menée avec les moyens de planification et de commandement de l’Otan, dans le cadre des accords « Berlin + ».

La détente voulue par le nouveau gouvernement chypriote à l’égard de la Turquie pourrait être aussi l’occasion de commencer à régler la question turco-chypriote qui empoisonne toutes les relations Ue-Otan particulièrement en matière d’échanges d’informations stratégiques. L’Otan ne traite en effet qu’avec des pays européens qui ont des accords de sécurité. Or, Chypre (comme Malte) n’a pas ce type d’accord, la Turquie y étant opposée. Et de son coté, l’UE refuse que tous les 27 ne soient pas impliqués.

Nb : La couverture médiatique est à la hauteur de l’événement : pas moins de 3500 journalistes et techniciens des médias ont été accrédités. La sécurité des participants au sommet – au centre de conférences du Palais du Parlement – sera assurée par 5.000 militaires, 1.500 salariés du Service de Protection des Personnalités et 400 agents de police.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).