Mission EUFOR Tchad RCA : Le général Pat Nash commandant l’opération s’explique…

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(BRUXELLES2) « Une mission complexe, dans un environnement difficile, avec une situation de sécurité volatile, un terrain hostile au niveau climatique et un défi énorme logistique », voici en quelques mots comment le général Pat Nash a dépeint, devant les journalistes, la mission militaire de l’Union européenne au Tchad et République centrafricaine, dont il assure le commandement. Lancée officiellement par le Conseil le 28 janvier (lire : La mission au Tchad lancée le 28 janvier. Les forces des Etats membres), c’est « la mission la plus importante jamais déployée par l’UE ».

« J’ai été frappé lors dans reconnaissances », a expliqué le général, par les « étendues de zones parfois inhabitées, la pauvreté des pays dans lesquelles on va devoir travailler ». Les presque 4000 soldats de l’EUFOR vont se déployer, en effet, sur une zone de 400 km de large et 800 km de long, où les « routes pavées sont quasi-inexistantes », et les distances importantes. Presque 800 km séparent « Abéché, quartier général de la force, et N’Djamena, la capitale et quartier général pour la logistique », soit plusieurs jours en voiture. Le défi logistique n’est pas mince, comme le raconte le général. « Depuis trois mois, nous avons travaillé pour améliorer les infrastructures. L’aéroport d’Abéché a ainsi connu des améliorations importantes. » Le moindre grain de sable peut parfois poser problème. « Un de nos contractants manquait de ciment pour refaire les pistes de l’aéroport. Et il n’y en avait pas de disponible. Nous avons donc dû en faire venir d’Europe ».

NEUTRALITE DE L’EUFOR

Dans une situation troublée, entre le Tchad, le Soudan et leurs rebelles respectifs, la « neutralité » et « l’indépendance » de l’EUFOR est un élément clé, insiste le général Nash. Ainsi « les camps de l’EUFOR seront bien distincts de ceux des Français », déjà présents dans le cadre de l’opération de coopération bilatérale « Epervier ». Mais se passer de l’aide de la « France, déjà présente et qui dispose des connaissances, des contrats et des ressources, aurait été inattendu et inhabituel ». Un accord est d’ailleurs mis au point avec ce pays pour « cette mise à disposition de services ».

Le Général Nash a, cependant, été très clair face à d’éventuelles attaques de forces armées, rebelles ou non. « Ma responsabilité est que nos forces ne soient pas attaquées par erreur par d’autres ». Et si les rebelles attaquent ? « S’ils tirent, nous riposterons ». De façon plus générale, si l’action des rebelles interfère « avec la mission de l’EUFOR (protéger les civils, réfugiés et déplacés, sécuriser la zone, faciliter l’aide humanitaire), nous réagirons. (En revanche), si leur action n’interfère pas, cela ne nous regarde pas ». Précision importante pour Pat Nash : « l’EUFOR n’est pas déployée le long de la frontière (avec le Soudan). Et nous n’avons pas l’intention de la dépasser ».

Le déploiement des troupes « devrait intervenir dans les 4 à 6 semaines, début mars, et se concentrera d’abord à Abéché, avant de se diriger vers le nord. La capacité totale devrait être atteinte à la mi-mai» (lire aussi : L’opération Eufor Tchad atteint sa capacité opérationnelle initiale), des « éléments précurseurs » se déploient ces jours-ci : Français, Autrichiens, Irlandais, Suédois, Finlandais, Belges… ainsi que les Italiens (hôpital de campagne). Suivront les Néerlandais et Roumains, les Polonais fermant la marche. Les Suédois ne devraient rester que six mois. « Chaque pays a posé des conditions différentes » reconnait Nash. « Mais tout a été pris en compte dans le planning ». Un premier bilan de l’opération sera, de toute façon, fait « dans six mois ».

Sur le « coût global de la mission », le général s’est refusé à tout commentaire: « Cela n’aurait pas de sens et ne servirait à rien ». Certains coûts communs sont « assumés par l’UE, pour le quartier général par exemple. (…) Pour les troupes (acheminement…), c’est à chaque pays contributeur de l’assumer ». Le budget commun de l’opération se compose de 119,6 millions d’euros (+ 20 millions par rapport à la décision initiale), supportés par chaque Etat membre, au prorata de leur PIB, selon le mécanisme dit « Athéna » . En revanche, le coût pour chaque Etat est plus difficile à évaluer: 260 millions d’euros au bas mot pour la France, selon nos informations, et 16 millions pour la Pologne… Lire aussi : Le budget commun de l’opération EUFOR Tchad. Répartition par Etat

(paru dans Europolitique, avril 2008)