La mission au Tchad lancée le 28 janvier. Les forces des Etats membres

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(BRUXELLES2) Le Conseil des ministres des Affaires étrangères devrait décider, le 28 janvier, de lancer l’opération militaire au Tchad et en République centrafricaine et d’avaliser le dernier document de planification nécessaire (Plan d’opération ou « OpPlan »). Document que le Comité politique et de sécurité (COPS) du Conseil examinera le 25 janvier. Le haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, et le général Nash, commandant l’opération, devraient en présenter le résultat à la presse le 29 janvier. Et une autre conférence de presse aura lieu au quartier général d’opérations (OHQ) du Mont-Valérien, près de Paris, le 5 février.

Quatorze nations ont annoncé leur participation à la force européenne, qui devrait compter environ 3 800 hommes, la moitié de la force étant fournie par la France. Certaines inconnues demeuraient cependant encore cette semaine : la confirmation des participations néerlandaise et roumaine (avec un problème de transport pour celle- ci) et la présence de Russes et d’Ukrainiens (« l’engagement politique tient, reste à en confirmer la teneur », estime un militaire).

Commandement

L’OHQ comprendra des officiers de 22 Etats membres (Irlande, France, Pologne, Suède, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Italie, Portugal, Pays-Bas, Finlande, Grèce, Luxembourg, Slovaquie, Slovénie, Roumanie, Hongrie, Lituanie, Royaume- Uni, Allemagne, République tchèque). Il est commandé par le général irlandais Pat Nash. Sur le terrain, le PC de la force sera basé à Abêché (Est du pays), sous le commandement du général français Jean-Philippe Ganascia. Le PC logistique sera établi à N’Djamena (capitale du Tchad) et un PC avancé à Abêché. La force sera composée de trois bataillons — Nord, Centre, Sud — commandés par une des Nations- Cadres — respectivement Pologne, France, Irlande (autour de Goz Beida). Une unité — composée de Français déjà déployés dans le cadre du dispositif bilatéral « Boali » (3e régiment d’infanterie de marines de Vannes) — assurera le complément autour de Birao (République centrafricaine).

Une cinquantaine d’hommes sont déjà sur place. Et plusieurs unités les rejoindront rapidement (finlandais, pionniers autrichiens, rangers irlandais…), avec pour mission de préparer la logistique et d’assurer la sécurité nécessaire. La mission montera en puissance, en mars-avril, jusqu’à atteindre la pleine capacité (Full operation capacity) en mai, contrainte climatique oblige, avec l’arrivée de la saison des pluies. Plusieurs forces sont déjà à l’entraînement : les nordiques (suédois, finlandais) viennent de terminer à Bori, une centaine de Polonais ont commencé à Wedrzyn (près de la frontière allemande).

Principales contributions

• La France fournit un peu plus de 2000 hommes, répartis entre un bataillon de manœuvre (pouvant être fourni par le régiment d’infanterie de chars de marine, RICM, de Poitiers déjà parti dans le cadre d’Epervier), des moyens de transmissions ainsi que le noyau clé des deux états-majors – de la force au Tchad, et de l’opération à Paris. La France fournit également un bataillon logistique — environ cinq cents personnes réparties entre Douala (Cameroun) où arrivent les bateaux après 17 jours de mer depuis l’Europe, N’Djamena, Abéché et les différents sites — et des moyens de transport : 4 hélicoptères d’attaque et 5 hélicoptères de manœuvre dont un d’évacuation sanitaire (de la 4e brigade aéromobile normalement).

• L’Irlande fournit 400 hommes, sous la direction du Colonel Derry Fitzgerald.

La Pologne fournit 400 hommes maximum et deux hélicoptères. Un groupe avancé sera mis en place en mars-avril, incluant ingénieurs, unité logistique et une section médicale, le reste suivant à la mi-mai. Coût estimé pour la Pologne : 41 millions de dollars.

Autres  contributions

Suède : 200 hommes (bataillon irlandais).

Autriche : 180 hommes (bataillon polonais) des «Jagdommando» (dirigés par le colonel H. Assmann) à Iriba (nord d’Abêché), ainsi que des pionniers de la «Melker Kompanie» et une unité médicale de 15-20 personnes, répartie entre Abêché et le bataillon Nord.

Roumanie : 150 hommes ; éventuellement 2 hélicoptères.

Finlande : 60 hommes (bataillon irlandais).

Pays-Bas : 70 hommes (bataillon irlandais).

Espagne : 70 hommes et 2 avions Casa C 295 (de l’ALA 35, base aérienne de Getafe).

Belgique : 120 hommes, chargés de l’installation du camp (Field Accomodation Unit de Beauvechain), des renseignements militaires ; 1 avion C 130 (15e Wings tactique basé à Melsbroek). Décision du gouvernement le 25 janvier.

Italie : 60 hommes pour l’hôpital de campagne de niveau 2, à Abêché.

Portugal : 30 hommes et 1 avion C 130 (Esquadra 501 – «Bisontes», de la base aérienne no 6 à Montijo) jusqu’à fin avril.

Grèce : 20 hommes et 1 avion C 130.

Slovénie : 15 hommes, peloton de reconnaissance (1ère Brigade).

Le dispositif « Epervier »

Le Tchad est pour la France un enjeu stratégique et symbolique (le pays, colonie française en 1940, est une pièce maîtresse dans l’offensive franco-britannique sur la Lybie tenue par les Italiens et les Allemands). Depuis 1960, la France est présente de manière quasi-permanente. Un accord de coopération la lie au gouvernement tchadien, assurant une mission de « soutien au renseignement », ainsi qu’une assistance logistique et médicale à l’Armée nationale tchadienne (ANT).

Déployé au Tchad depuis 1986, pour mettre un terme aux offensives libyennes contre le régime de l’ancien président Hissène Habré, le dispositif, baptisé « Epervier », compte 1200 hommes environ. Basés à N’Djamena, la capitale (950 hommes), Abêché à l’est (150 hommes) et Faya-Largeau (une dizaine) au nord, ils bénéficient d’un appui aérien (six chasseurs Mirage F1, trois avions de transport Transall C-160, un ravitailleur C-135, un Breguet Atlantique de reconnaissance et trois hélicoptères Puma).

(publié dans Europolitique janvier 2008)