Sécurité et défense. « Le plus important projet pour l’avenir » dit Von Wogau

(B2 – archives) L’occasion était trop belle pour la laisser passer. C’est donc devant un auditoire choisi, des spécialistes de la sécurité et de la défense, réunis pour la première conférence européenne de sécurité (www.esc07.com), que le président de la sous-commission défense au Parlement européen, Karl Von Wogau, et Guy Teissier, son homologue à l’Assemblée nationale française, ont porté sur les fonts baptismaux, le 20 novembre, leur Fondation européenne de sécurité et défense.

La Fondation, qui compte parmi ses fondateurs l’ancien Premier ministre belge Leo Tindemans (PPE/CD&V), l’eurodéputé espagnol Inigo Mendez de Vigo (PPE-DE), et l’avocate Barbara Rapp-Jung, sera basée à Bruxelles. La première réunion constitutive aura lieu dans la représentation du Baden-Würtenberg – région dont est originaire Von Wogau – la semaine prochaine. Et la première « plénière » aura lieu en février prochain.

La guerre et la paix trop importantes…

« La notion large de « sécurité et de défense » est le plus important projet pour les années à venir » a commenté, devant la presse, Karl Von Wogau. « La guerre et la paix sont des choses si importantes qu’on ne peut les laisser aux seuls généraux, ni au seul exécutif, d’ailleurs. Il existe aussi un rôle important des parlementaires, au niveau national comme européen. Nous avons acquis le droit d’être informé et devons aussi autoriser le budget. C’est donc important pour nous d’avoir une coopération étroite, entre Parlements nationaux et le Parlement européen » tout d’abord. Et face à la situation actuelle, « avec d’un coté le Conseil avec J. Solana, de l’autre la Commission avec G. Verheugen et puis l’Otan, dont on ne peut pas dire qu’ils se parlent beaucoup, nous aurons un petit rôle pour relier tout le monde. Notre fondation sera un lieu, neutre, pour se rencontrer »

Être les initiateurs d’un nouveau St Malo de la Défense

« Si le Traité franco-britannique de St Malo a été le point d’orgue de la politique de défense, (en son temps), aujourd’hui après (certains) atermoiements, nous devons être les initiateurs d’un nouveau St Malo de la Défense » ajoute le président de la commission de défense de l’Assemblée française, Guy Teissier. La tâche est difficile. Il y a « les égoïsmes nationaux, le poids de l’histoire et des traditions (mais aussi) des différences importantes en matière d’investissement dans la défense ». Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. La question n’est pas de savoir « si c’est l’Otan ou l’Europe, les deux sont complémentaires. Mais il faut définir ce qui doit être attribué à l’Europe, et ce qui doit l’être à l’Otan. Cet exercice, on en parle depuis des années. Maintenant il faut le faire. »

Une Europe à plusieurs vitesses

Dans ce contexte, le traité de Lisbonne est, en soi, « une avancée nouvelle », considère Guy Teissier, même s’il ne fait que reprendre le texte de la Constitution européenne. Il défend notamment les coopérations renforcées et autres formules de différenciation. « Il est utopique que l’Europe puisse avancer d’un pas cadencé. Il y a une mosaïque de pays. Il faut laisser que ceux qui veulent aller de l’avant puissent le faire. » « J’ai le sentiment que cela peut fonctionner » précise Karl Von Wogau. « Il est évident qu’on aura une Europe à plusieurs vitesses. C’est comme çà que s’est créé Schengen ou l’Euro. »

Des utopies qui se réalisent

Les deux députés refusent ainsi tout défaitisme. Depuis Saint-Malo, « regardez le chemin parcouru » considère Karl Von Wogau. « L’agence européenne de la défense s’est mise en place, sans la Constitution européenne. La coopération est engagée dans plusieurs domaines (Airbus A400M) même si ce n’est pas évident tous les jours. Et il y a désormais plusieurs opérations militaires sur des terrains pas faciles, comme en Ituri ou en Bosnie… » Plus d’une vingtaine actuellement. « Si j’avais dit il y a quelques années qu’il y aurait aujourd’hui, en Bosnie-Herzégovine, des soldats avec l’écusson européen, sous le commandement de Bruxelles, j’aurai pris pour un doux utopiste… » ironise l’eurodéputé allemand.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Article paru dans Europolitique le 22 novembre 2007