Défense. Les pistes de Solana pour renforcer la PESD

(B2 – archives) Dans son intervention devant la commission française sur le Livre blanc sur la défense, à Paris, le 4 octobre, le Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure, Javier Solana, a dressé un tableau de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) tissant les trois ou quatre pistes possibles pour la renforcer. « Le système actuel a atteint ses limites. En termes de cohérence, c’est-à dire de visibilité. Et en termes de capacités, c’est-à-dire d’efficacité. »

Sur les capacités, Javier Solana estime que « les Européens doivent faire plus d’efforts. Encore et toujours. Ceci suppose une optimisation et une progression des dépenses de défense. Pour y aider, il y a bien sûr la voie des « battlegroups ». Ils sont en effet un outil puissant de transformation et d’interopérabilité. Leur meilleure préparation et leur entraînement sont indispensables. »

La question de la relation à l’OTAN peut « également être regardée sous l’angle des capacités. En renforçant ses capacités, l’Europe rendra plus efficace la complémentarité avec l’Alliance sur les différents théâtres d’intervention qu’elles se partagent désormais. En développant des structures plus opérationnelles, c’est-à-dire dire de vraies capacités de planification, l’Europe y contribuera aussi. Autrement dit, seule une approche « gagnant-gagnant » permettra aux deux organisations de mieux faire face aux nouveaux défis. »

Deuxième voie : l’Agence européenne de défense. « Il faudra là aussi veiller à renforcer l’Agence, plus investir et soutenir les « plans de développement des capacités » de l’Agence ainsi que bien sûr ses programmes en matière de recherche et développement.

Troisième piste : le renseignement. « Un seul réseau ne suffit pas. La découverte trop tardive du problème « Khan »le « père » de la bombe atomique pakistanaise avait organisé un réseau de transfert de technologie l’a montré. Il ne s’agit pas d’envisager un « Service européen ». Nullement. L’échange d’informations et la collaboration entre services nationaux peuvent, et doivent même parfois, s’affranchir du cadre bruxellois. Mais à quoi bon détecter une menace particulière, une filière clandestine, un réseau de madrasahs problématiques pour ensuite nous priver de tous les outils dont nous disposons, de la PESD aux leviers économiques et financiers de la Communauté, et ainsi écarter la possibilité de traiter le problème en amont ? Tout est une question d’articulation et de confiance. Y travailler ensemble serait dans l’intérêt de la sécurité et de la défense de chaque Etat-membre. Des progrès considérables ont été accomplis ces dernières années pour mieux échanger les renseignements et aider à la prise de décision à Bruxelles. Il faut poursuivre dans cette direction et continuer de renforcer les structures mises en places depuis 2002. »

Enfin, dernière piste, la réponse aux catastrophes. « Parce qu’il y a une demande manifeste des opinions et des gouvernements européens. Parce que sur des théâtres extérieurs, ce type d’opération ne peut que renforcer la légitimité de l’Union européenne.» estime Javier Solana, citant l’exemple de l’opération à Aceh (Indonésie), pour aider au désarmement des rebelles après le Tsunami. « La nature même des missions de protection civile permet d’adopter la meilleure approche qui soit : une approche basée sur des solidarités de fait entre des groupes de pays intéressés par les mêmes problèmes et désireux de mutualiser leurs moyens – des bateaux et des aéronefs dans le domaine maritime pour lutter contre l’immigration clandestine et les divers trafics, des hélicoptères et des Canadairs pour lutter contre les incendies, des spécialistes des accidents nucléaires, des spécialistes des tremblements de terre ou de certains types d’attentats. »

En matière d’opérations, « des progrès considérables ont été accomplis depuis 2000. Grâce à l’enthousiasme et à la persévérance, de tous ceux qui, au cas par cas, ont su inventer des solutions au fur et à mesure des problèmes. En déployant des missions pour contribuer à une meilleure sécurité sur le terrain, condition indispensable au succès de l’assistance économique et de l’aide au développement. L’Union européenne a lancé plus d’une quinzaine d’opérations. Afghanistan, Palestine, Bosnie, Congo, Irak, Indonésie, Géorgie, Ukraine, Tchad… le simple énoncé des théâtres d’opération (montre) que les missions n’ont rien de facile. […] Pour former les polices afghanes, palestiniennes ou bosniaques; pour sécuriser, hier, les premières élections démocratiques congolaises et, demain, stabiliser la zone entre le Tchad et le Darfour; pour surveiller le désarmement de la guérilla en Indonésie; pour former des magistrats géorgiens et irakiens, des douaniers ukrainiens et palestiniens. »

(Nicolas Gros-Verheyde)
article publié dans Europolitique le 12 octobre 2007