L’homme, l’Etat et le marché, la troisième voie « prémonitoire »

(B2) Je ne résiste pas à vous donner un extrait de ma dernière lecture. Curieusement prémonitoire des adeptes de la 3e voie, ce texte – écrit il y a près de 20 ans par un homme politique européen – offre un savant équilibre entre le marché, l’homme, l’Etat, dans des termes si actuels qu’on le croirait écrit il y a quelques jours. L’intérêt est qu’il cloue à la fois le bec de ceux qui estiment que le modèle du marché est l’horreur que de ceux qui considèrent le rôle de l’Etat comme moribond. A lire attentivement. Je vous laisse le soin de deviner l’auteur, il est à la fin pour les curieux…

(L’avantage du marché)
Le marché donne la possibilité de savoir quels sont vraiment les besoins, d’y répondre efficacement, d’équilibrer l’offre et la demande, de créer un milieu de développement normal, naturel pour la production. En général, nous ne faisons pas du marché un but en soi, nous y voyons le moyen de rendre notre système économique plus efficace, d’améliorer le niveau de vie des gens. Il doit permettre d’infléchir notre économie dans une direction sociale plus marquée, de la tourner vers les besoins des hommes. Le marché, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, refuse le monopole d’un seul type de propriété, il en exige plusieurs, auxquels soient assurés les mêmes droits politiques et économiques. (…)

(Les limites du marché)
Il ne faut évidemment pas confier au marché la réalisation des grands programmes de recherches scientifiques et techniques, qui s’étalent sur plus sieurs années, ni le développement des sciences fondamentales, ni la culture, ni les programmes sociaux et écologiques à l’échelle de l’Union. Mais cela ne doit pas être non plus le résultat de grossières pressions administratives, cela doit être financé par l’impôt, par des taxes progressives, par des encouragements et des sanctions, par des tarifs douaniers. Pour que la politique économique de l’Etat soit efficace, elle doit maîtriser l’ensemble des instruments nécessaires à la gestion de l’économie.

(Le rôle de l’Etat et le droit du travail)
Les problèmes liés à l’introduction du marché doivent être abordés avec une extrême pondération. Il nous faut des actes juridiques qui défendent le droit des gens au travail, qui garantissent une vraie liberté de choix dans ce domaine. L’Etat doit aider ceux qui veulent travailler mais sont momentanément sans emploi. Il y a une autre question importante. C’est celle de la différence de fortune. Les principes du socialisme laissent place aux différences en ce domaine, si elles résultent du talent, de l’initiative, de la créativité de l’individu. Mais nous sommes tout à fait opposés à une différenciation sociale qui reposerait sur des revenus autres que ceux du travail, ou sur des privilèges illégaux.

(le rôle des politiques)
Nous devons faire tout notre possible pour que les gens soient convaincus que, pendant cette difficile période de mise en place des nouvelles structures économiques, de passage à une vie économique nouvelle, ils seront protégés sur le plan social, que leurs intérêts seront garantis. (…)

Eh oui !! Ce texte est extrait du rapport politique de Michael Gorbatchev au XXVIIIe congrès du PCUS le 2 juillet 1990 et est cité dans son livre avant-mémoires au chapitre « accélérer la perestroïka »

NB : les intertitres – destinés à faciliter la lecture – ont été rajoutés. Bien entendu quand Gorbatchev parle de l’Union, c’est de l’Union soviétique qu’il parle, mais ce texte est tellement adapté à l’UE.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).