Olli Rehn : nous avons beaucoup appris de l’échec des années 1990 dans les Balkans

(BRUXELLES2)

Olli Rehn est commissaire européen à l’Elargissement

Les Balkans sont à la porte de l’Union européenne. Quand entreront-ils dans la famille ?

O.R. – Je suis très prudent quant à donner quelques dates. Car la qualité du processus d’adhésion est plus importante que la vitesse. Quand les pays des Balkans occidentaux vont devenir membres Union européenne, chacun doit remplir les conditions d’adhésion, politique et économique. Ca va prendre beaucoup de temps. La Croatie pourrait devenir un des premiers Etats membres autour de la fin de la décennie présente. Mais tout dépend de la Croatie, si elle peut réformer son système de réforme juridique.

Ce processus vous paraît-il essentiel la stabilisation de la région ?

O.R. – Oui. La perspective européenne est la clé pour maintenir les pays des Balkans dans la voie pacifique et des réformes. Nous avons un accord technique sur le contenu et le texte d’un accord d’association et de stabilisation (ASA) avec la Serbie. Il est possible de signer cet accord de stabilité en décembre ou janvier, si la Serbie va pleinement coopérer avec le TPiY

Et la négociation sur l’adhésion dans la foulée ?

O.R. – L’ASA est la porte ouverte, et la condition, pour être ensuite candidat et finalement membre de l’Union européenne. Mais cela ne va pas se faire tout de suite. Il faut déposer la candidature, avoir l’avis de la Commission européenne. Cela va prendre des mois, un peu plus qu’une demi-année ; moins qu’une année.

Avez-vous une idée de quand cette demande pourrait se faire ?

O.R. – Kostunica n’a fait aucune référence exacte à la candidature exactement. Mais certainement il pense que la Serbie pourrait poser candidature après l’accord ASA.

C’est un tournant important ?

O.R. – Oui. C’est important de pouvoir aider la Serbie à pouvoir changer le ton du débat politique dans le pays, pour changer d’un passé nationaliste, à un avenir européen. C’est l’ASA et accord de facilitation des visas et de réadmission est important. Il va être signé lundi prochain. Ce qui permettra un accès plus facile et moins cher aux visas pour les Serbes. (…) Il faut faire toutes les choses possibles pour concrétiser la perspective européenne pour la Serbie et aussi pour les citoyens serbes. L’Union européenne investit beaucoup d’assistance économique.

Quelle est la leçon que vous tirez du passé ?

O.R.Nous avons beaucoup appris de l’échec dans les Balkans dans les années 1990. Ce n’était pas « l’heure de l’Europe » pour reprendre la formule de Jacques Poos. Nous avons aujourd’hui beaucoup plus d’instruments pour avoir une influence positive au développement pour le pays, et pour les Balkans occidentaux, une politique commune étrangère plus efficace avec le Haut représentant, Javier Solana…). On peut citer l’exemple de la Macédoine/ Fyrom, du Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine. Les pays européens participent aux missions Otan… tout comme la perspective européenne définie à Thessalonique sont une « colle » qui maintient les pays dans la route pacifique, de la réforme et développement.

Mais l’Europe est toujours divisée sur le Kosovo ?

O.R. – C’est vrai. La discussion a été bonne le week-end dernier. Nous avons pu renforcer notre unité concernant le Kosovo. Nous travaillons fortement et sérieusement pour une solution négociée. Je suis prêt à faciliter solution négociée entre Belgrade et Pristina. Mais nous avons le droit de demander aux deux parties qu’ils vont avoir une approche constructive. Nous avons le droit de demander que nos partenaires internationaux – les États-Unis – et en particulier la Russie ne vont pas avoir d’approche unilatérale, mais au contraire vont soutenir l’approche multilatérale et contribuer à la négociation de la Troïka. On a pu renforcer l’unité européenne. Quand il y aura le rapport final, je suis sûr, que l’Union européenne sera unie. Et j’espère que nous obtiendra une solution négociée. Cela dépendra de Belgrade et Pristina mais aussi comment les partenaires internationaux se positionneront.

Et s’il n’y a pas de solution négociée ?

O.R. – On travaille pour une solution négociée. Ne faisons pas de spéculation. L’avenir des Balkans est dans l’Union européenne mais tout dépend des progrès. L’élargissement, ce n’est pas un TGV, c’est un train normal, qui son chemin, avec parfois des arrêts.

(propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).