Balkans : la France veut-elle bloquer la paix ?

Ce que les citoyens du pays attendent de la France pour relancer l’Union européenne ? A la veille des élections présidentielles en France, nous avons demandé à deux collègues, l’un polonais, l’autre albanais ce que représentait l’Union européenne.

(Archives – B2) L’idée du départ de la construction européenne – répandre la paix sur le continent européen – semble effacée aujourd’hui en France.

En modifiant sa Constitution, elle a donné au peuple, par voie de référendum, d’approuver ou de bloquer l’entrée de tout nouvel Etat membre dans l’Union européenne, y compris la Macédoine, l’Albanie, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Serbie. Un procédé qui paraît peut-être démocratique pour les Français mais est vécu avec anxiété dans les Balkans qui y voient une forme d’injustice. Pourquoi 60 millions de Français pourraient décider, au nom de tous les Européens, qui doit rentrer dans l’Union ou pas ? On a l’impression que cette France, qui avait eu le courage, il y a un demi-siècle, d’embrasser son ennemi (et voisin) historique, l’Allemagne, a oublié aujourd’hui cette dynamique de la réconciliation.

Les Français n’en sont peut-être pas conscients. Mais la réunification pacifique de l’Europe, à laquelle avaient rêvé les pères fondateurs, a constitué sans doute « LE » succès incontestable de cette Union. C’est une réalité tangible aujourd’hui pour les 12 nouveaux Etats membres, de l’Estonie à la Roumanie. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour les Balkans ? Cette poudrière que seul le rêve européen peut éteindre, ce miroir qui reflète et rappelle à chaque moment les démons du passé, ce « trou noir » dans un continent presque unifié pourrait être plus déstabilisateur s’il n’était pas intégré.

Même si l’Union Européenne a échoué et n’a pas su répondre aux crises et guerres qui ont embrasé la région dans les années 1990, elle panse tout de même, depuis 1999, les plaies béantes des Balkans par son seul pouvoir d’attraction. La simple idée de pouvoir entrer, un jour, dans ce « club de la paix » force ces pays du sud-est de l’Europe à des réformes qu’ils ne pourraient pas accomplir autrement. Rentrer dans l’Union pour les Albanais, est vital. Il n’y a pas de plan B, pas d’autre alternative.

Pour nous, l’Europe c’est une démocratie qui fonctionne, des partis politiques responsables, des droits fondamentaux respectés, c’est aussi une économie qui fonctionne, la liberté de voyager dans l’Union, sans visa, sans limitation, et surtout, un baume aux haines ancestrales. Peut-on rêver, un jour, à l’image du Général de Gaulle et d’Adenauer, le Président serbe Boris Tadic embrasser sur les deux joues celui kosovar Fatmir Sejdiu ? Ce rêve, il n’y a que l’Europe entière qui puisse l’apporter…

Ernest BUNGURI.

Paru dans Ouest-France, mars 2007

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).