Traité européen : la négociation recommence

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(BRUXELLES2 Archives) Sherpas, bilatérales, confessionnaux, politique étrangère… la machine à phosphorer repart à la recherche du Graal européen.

La phase de réflexion est terminée

Personne ne le dit officiellement. Mais tout le monde y pense. La renégociation d’un nouveau traité européen est bel et bien entamée. La réunion ce vendredi à Madrid des 18 pays, qui ont dit Oui au projet de Constitution, en marquera, paradoxalement, le coup d’envoi. « En l’état actuel des choses, je pense que les autres pays ne ratifieront pas ce texte. » considère, lucide, l’eurodéputé socialiste espagnol, Josep Borrell. « La phase de réflexion est terminée » assure, de son coté, la chancelière allemande, qui préside l’Union européenne ce semestre.

L’Allemagne à la manoeuvre

Angela Merkel a donné à ses partenaires jusqu’à juin 2009, date des prochaines Européennes, pour s’accorder sur un texte… et le ratifier. Un délai qui oblige à accélérer le tempo et à négocier en coulisses. La phase électorale intense qui s’amorce – en France, en Ecosse, aux Pays-Bas, en Europe de l’Est – ne le permet pas. Et aucun responsable européen n’a envie de revivre l’épisode d’une Convention, réunissant au grand jour experts patentés et parlementaires, comme pour le projet constitutionnel. La proposition de Nicolas Sarkozy d’un mini-traité ne convainc pas non plus. « Pas réaliste » juge-t-on. Angela Merkel préfère donc utiliser une méthode qui a déjà fait ses preuves : les sherpas.

Un marchandage de boutiquiers

Des hommes de l’ombre, qui ont la confiance de leur Premier ministre, et sont de bons techniciens. A eux, en « confessionnal », de débroussailler le terrain, d’identifier les marais dangereux et de cerner les premières convergences. Pas facile ! Chacun affûte ses revendications : le mot « chrétien » pour les Polonais, la clarification des compétences, sur un mode fédéral, pour les Allemands, un volet social selon les Luxembourgeois rejoints par Ségolène Royal, etc. Quant au Royaume-Uni, il ne veut rien ! Bref, on s’achemine vers « un marchandage de boutiquiers  — enrage Dany Cohn-Bendit — Dieu contre mon agriculture » « Si cela ne tenait qu’à moi, je reprendrai l’essentiel de la Constitution » réplique le président CDU du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering. « Mais il faut se préparer au compromis, c’est çà l’esprit européen ». La négociation sur les institutions européennes étant la plus ardue — cela revient à définir « qui a le pouvoir en Europe ? »—, la négociation pourrait s’orienter vers la politique étrangère, l’énergie ou la sécurité. Sujets plus consensuels. Quitte à rédiger non pas un seul texte mais plusieurs. La machine à phosphorer est donc repartie…

Nicolas Gros-Verheyde

article publié dans Ouest-France, janvier 2007