Elargissement : prendre son temps. La commission européenne veut infléchir le tempo

(Archives B2) La Commission a présenté hier (8 novembre) une nouvelle vision, plus lente, pour les élargissements futurs. La Turquie écope d’un avertissement.

Le changement de ton est net

Il ne s’agit plus d’élargir pour élargir. « La qualité prime sur la rapidité » assure le commissaire européen en charge du dossier, le Finlandais Olli Rehn. « L’Europe doit s’assurer qu’elle peut maintenir et approfondir son développement (…). Nous ne sommes pas dans un TGV plutôt dans l’Orient-Express. L’arrivée du train n’est pas affichée en gare » ajoute-t-il. Le double Non, en France et surtout aux Pays-Bas, ont pesé sur cet infléchissement. C’est clair. « Avant tout nouvel élargissement, il faudra un nouvel accord institutionnel » explique Olli Rehn. Autrement dit, un nouveau traité, mais pas automatiquement une nouvelle Constitution. « Il est (aussi) important de mieux informer les citoyens, de s’attaquer à leurs véritables préoccupations, d’opposer des faits aux mythes ».

Sept ou huit pays candidats ou potentiellement candidats

Trois pays ont été officiellement reconnus comme candidats à l’adhésion : Croatie, Macédoine/Fyrom et Turquie. Quatre autres pays des Balkans — Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro — sont des prétendants naturels et doivent encore faire leurs preuves. Sur ces pays qui frappent à la porte de l’Union ou sont susceptibles de le faire, deux posent surtout des problèmes plus politiques : la Turquie et le Kosovo.

La dernière chance d’Ankara

La Turquie, qui refuse d’ouvrir complètement ses ports et aéroports à Chypre tant que le sort des Chypriotes turcs n’est pas amélioré, a écopé d’un avertissement. Ce problème doit être résolu d’ici le sommet européen des 14 et 15 décembre a indiqué le commissaire européen Olli Rehn. Si le terme de « suspension des négociations » n’a pas été prononcé, tout le monde y pense. Si la situation ne change pas, « d’ici la fin de l’année, il me paraît nécessaire de revoir le calendrier de l’adhésion » a commenté Philippe Douste-Blazy, le ministre (français) des Affaires étrangères, devant l’Assemblée nationale. « C’est une dernière chance que la Turquie doit saisir » a renchéri Camiel Eurlings, le spécialiste de la question au Parlement européen. Cette menace n’est pas virtuelle. Chaque Etat peut en effet, à chaque étape de la négociation, la bloquer. Et Chypre menace d’utiliser ce droit de veto.

La question délicate du Kosovo

Autre point sensible, le cas du Kosovo. Tant que le statut de cette région majoritairement albanaise — autonomie ou indépendance — n’est pas réglé, ainsi que ses relations avec la Serbie, ce « pays » reste une poudrière en puissance. Et cinq Etats membres de l’UE ne l’ont toujours pas reconnu.

(Nicolas Gros-Verheyde)
Version longue d’un article publié dans Ouest-France, novembre 2006

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).