Guy Verhofstadt, le dernier des mohicans européens

(archives B2) A l’heure de la grisaille européenne, il en est un qui ne décroche pas du rêve européen. A Bruxelles, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a surmonté depuis 1999 plusieurs « crises » ou « évènements » européens : l’Autriche et ses ministres d’extrême-droite au pouvoir, les attentats de New-York — la Belgique préside alors l’Union européenne —, l’Euro, l’élargissement, la guerre en Irak, … Sans dévier de son credo européen. Un « authentique » comme en témoigne Jacques Delors. Et à ceux qui en doutent encore, il l’écrit et le martèle dans un petit manifeste de 66 pages, « Les Etats-Unis d’Europe », dont la version anglaise vient de sortir au Royaume-Uni.

Les référendums ont révélé un malaise

« Les référendums français et néerlandais n’ont pas tant mis au jour une crise nouvelle. Ils ont plutôt révélé le malaise qui sourdait au niveau européen » écrit-il. « Pourquoi ont-ils voté Non » ? Question propre à susciter encore polémique en France et aux Pays-Bas. Celui qui, en son temps, a été surnommé « Baby Thatcher » détecte que, mis à part quelques pays, « les gens ne veulent pas moins d’Europe mais une autre Europe ».

Faire le tri des tâches

Comment continuer ? « L’Europe doit cesser d’ergoter » assure-t-il. Elle doit délaisser « certaines tâches que les Etats membres sont mieux à même d’assumer » — l’agriculture est à peine mentionnée — et « se concentrer sur certaines missions » : « une armée commune et une politique étrangère qui parlera d’une seule et même voix », « un espace européen de justice pour lutter contre le crime organisé », et « une stratégie socio-économique » qui s’attaque aux deux grands défis « mondialisation et vieillissement de la population ».

Harmoniser, réguler

Le maître mot est la « convergence ». Il faut définir des « minima et des maxima, y compris en termes de protection sociale et de fiscalité » assume ce libéral sans complexe, adepte de l’économie de marché, mais pragmatique au diable (il gouverne depuis six ans en coalition avec les Socialistes). Une révolution à l’échelle européenne ? Sans nul doute. Mais celui qui faisait du vélo avec Romano Prodi, quand l’Italien était président de la Commission européenne, assume ce changement de braquet…

Deux cercles

S’il est impossible de mobiliser tous les pays, qu’à cela ne tienne, mobilisons ceux qui veulent aller de l’avant. L’Europe « comprendrait alors deux cercles : un noyau politique, des « Etats-Unis d’Europe » appuyés sur la zone Euro, avec un Président et un Parlement type fédéral – une chambre des peuples, une chambre des Etats – doté du pouvoir législatif. Autour d’eux, une confédération d’Etats, une « organisation des Etats européens ».

Utopique certes, irréalisable pas sûr si d‘aventure la France et l’Allemagne se décident, enfin, à avancer de nouveau d’un pas commun …

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • Paru dans Ouest-France, 21 mars 2006

Version française « Les Etats-Unis d’Europe » (ed. Luc Pire, coll. Voix politiques, 11 euros, sortie 20 mars en France) – Version anglaise « United states of Europe » (à paraître fin avril, Federal Trust for Education & Research,, 9 livres).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).