La réunification européenne n’est pas terminée

(B2) C’était à la Laterna Magica, un théâtre de Prague, un soir de novembre 1989, la démission d’un haut cadre dirigeant communiste venait à peine d’être connue. Surprise et joie étaient visibles sur tous les visages. Et chacun se prenait à espérer. Après des années d’oppression, un pouvoir autoritaire en Europe était sur le point de vaciller. Au foyer des artistes, de nombreux anonymes et un petit homme, connu du monde entier, Vaclav Havel, se prenait déjà à rêver d’Europe… Quasiment, le même jour, à Bucarest, Nicolae Ceaucescu, le dirigeant roumain était reconduit unanimement à la tête du Parti communiste par le XIVe Congrès. Ce sera son dernier mandat. A peine un mois plus tard, il était renversé et exécuté le jour de Noël. Et, là aussi, un peuple se mettait à espérer, rêver d’Europe. C’était, il y a 17 ans, le temps d’une adolescence…

Aujourd’hui, une génération a passé. Les deux derniers États de l’ex-bloc soviétique à qui on avait promis la réunification européenne – la Roumanie et la Bulgarie – entrent de plain pied dans l’Union. Ce premier janvier 2007, nous pourrons dire : le mur de Berlin n’est pas tombé pour rien.

Refermer la parenthèse

C’est la fin d’une période intermédiaire, une parenthèse nécessaire pour adapter un minimum l’économie et les institutions de ces pays à la tâche qui les attend. Le résultat n’est pas parfait. Il reste à parfaire. Mais il était temps que la parenthèse se referme. La prolonger aurait été sans doute contre-productif. Cela ne signifie pas la fin des difficultés. Au contraire. Il va falloir maintenant « digérer » cette réunification. Mais c’est « notre » avenir commun. Pour les Dix pays qui sont entrés dès 2004, cela signifie aussi la perte de leur caractère de « nouveau » pour devenir des … « anciens » États membres. Un petit changement de dénomination qui n’est pas aussi anodin qu’il n’y parait. La mission n’est pas terminée. Il reste à mener à bien la réunification, sans doute plus délicate, politiquement et diplomatiquement, avec les pays des Balkans. Autrement dit la poudrière de l’ex-Yougoslavie. En réglant au passage le statut du Kosovo.

Faire son mea culpa dans les Balkans

Ce petit coin du Sud-Est de l’Europe, paradisiaque avant 1991, est en effet l’endroit où la mission première de la construction européenne, la paix, et la maxime « Plus jamais çà » (né de l’horreur des camps de concentration) ont failli lourdement. Cette responsabilité, il faudra bien que l’Europe l’endosse un jour. Si les dirigeants européens ne peuvent être coupables des crimes contre l’humanité commis dans la région, n’en sont-ils pas moins exonérés de toute responsabilité ? En 1991, en croyant que des discours auraient raison de la haine, que des « gentils observateurs » stopperaient des mouvements armés, n’ont-ils pas un peu manqué au rendez-vous de l’histoire ? En reconnaissant, sans aucune concertation, les mouvements indépendantistes, voire approvisionnant en matériel, ou… en armes, les belligérants, certains pays européens n’ont-ils pas joué avec le feu ? Pourquoi les mouvements d’opposition démocratiques et pacifiques, isolés, n’ont-ils pas été encouragés ? Pourquoi ne pas avoir immédiatement déployer quelques forces d’interposition en Bosnie (comme les Américains l’ont fait en Macédoine) ? De nombreuses questions restent toujours sans réponse.

L’Europe doit faire cette introspection si elle veut réussir dans les Balkans. Plutôt qu’une disposition quelconque dans une future Constitution, c’est là le « vrai » test d’une Europe politique et militaire, crédible internationalement.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Crédit photo : NGV – Prague Novembre 1989

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).