Motion de censure

(archives B2) Au départ, l’affaire paraissait simple. Les vacances passées, l’été dernier, sur le yacht du grec Spiro Latsis – tous frais payés. Une affaire de « vie privée ». Un vieil ami « de 25 ans ». Pas de quoi fouetter un chat d’autant, selon la Commission européenne, que « Barroso n’était pas alors en fonction », et qu’il n’y avait « aucun lien entre Spiros Latsis et la Commission européenne ». Bien sûr, les faits sont têtus et on finit par apprendre que, oui, des décisions de concurrence ont bien été prises par la Commission concernant des sociétés du groupe Latsis. « Nous ne le savions pas » explique, gêné aux entournures, un porte-parole de la Commission.

Mais la plupart des groupes politiques présents au Parlement européen, de gauche à droite, n’a pas envie de provoquer une crise, surtout en pleine campagne référendaire française, où le « Non » vire en tête. Nigel Farage, l’homme par qui tout est arrivé, ne renonce cependant pas. A l’arraché, il réussit à réunir le nombre de signatures minimum et dépose, le 12 mai, une motion de censure contre la Commission européenne. Quelques conservateurs britanniques, communistes, verts ont joint leurs voix aux souverainistes. « Il est inacceptable que la Commission continue d’être son propre gendarme lorsqu’elle se révèle incapable d’agir de manière appropriée concernant des dons » estime-t-il. La motion a peu de chances d’être votée. Les présidents des groupes chrétiens-démocrates, libéraux, verts et socialistes, considèrent toujours « cette initiative injustifiée, disproportionnée et principalement désignée à créer de la publicité pour ses auteurs ». Qu’importe pour Farage, l’essentiel est d’obtenir ce débat avant le référendum français. Le vote n’ayant lieu de toute façon qu’en juin.

Mauvaise manoeuvre

En fait, Barroso semble avoir mal manoeuvré. Inconsistant, maladroit, bravache, il refuse tout d’abord de s’expliquer publiquement. Puis se ravise mais veut paraître, accompagné de tout les commissaires. Tout en continuant de traiter l’affaire « d’absurde ». « Question de culture latine, il n’a pas saisi l’importance d’une certaine obligation de transparence » confie un fonctionnaire de la Commission. Question d’orgueil aussi, « il reste le petit chef d’Etat tout fier d’avoir réussi à être sur la photo des grands » ajoute un de ceux qui l’ont côtoyé. «  Barroso n’arrive pas se détacher de son étiquette de Premier ministre. Il n’a pas tiré parti de ses premières erreurs et n’est toujours pas à l’aise dans une enceinte parlementaire. » confirme un fidèle observateur des joutes internes du Parlement. « Il crée du soupçon là où il n’y en a pas. Il multiplie les gaffes au point que çà en devient embarrassant. Chaque fois qu’il touche quelque chose cela fond » Et d’ajouter. Le fond du problème est que « depuis son entrée en fonction, il n’a fait qu’une proposition législative. C’est peu. Si au moins il était un peu imaginatif… ». Du coup « Il reste vulnérable aux accidents » Sous entendu, cette grâce là est la dernière que lui fait le Parlement…

(NGV)

Paru dans France-Soir, mai 2005