L’alliance avec les chrétiens-démocrates. C’est non ! (B. Poignant)

Le chef de la délégation des socialistes français au Parlement européen ne cautionne pas l’alliance avec les chrétiens-démocrates. Entretien avec Bernard Poignant

Les socialistes ont choisi de faire alliance au Parlement européen avec les chrétiens-démocrates du PPE, comment le justifiez-vous?

Les socialistes français ne sont pas d’accord avec cette stratégie. Mais le groupe (socialiste) dans sa majorité pense le contraire et devrait accepter ce qui n’est qu’un accord technique. Dans un groupe, il y a une majorité et une minorité, il faut l’accepter. Il faut comprendre aussi qu’en France, nous avons une vie politique rythmée sur deux tours. Ce qui permet généralement de former une majorité avant la prise de fonctions. Ce n’est pas le cas au Parlement européen, comme d’ailleurs dans la plupart des autres pays, il n’y a un tour. Ce n’est qu’ensuite les élections réalisées que des accords se forment.

Cela signifie-t-il que vous voterez à chaque fois comme les chrétiens-démocrates ?

Mais pas du tout. Cet accord est fait pour faire fonctionner le Parlement. On n’est pas dans la même situation qu’une majorité qui, pendant cinq ans, suit un gouvernement. Les majorités se forment en fonction du texte proposé.

José-Manuel Baroso, le premier ministre portugais (centre-droit) a été nommé président de la Commission européenne au sommet de Bruxelles. C’est un bon choix selon vous ?

Nous n’entendons pas cautionner celui qui a organisé le sommet des Açores (sur l’Irak). Nous sommes donc contre, fermement contre, à cause aussi de son attitude sur le pacte de stabilité. Et nous devrions être suivis par le groupe. Du moins une grande partie. Il n’est pas sûr ainsi que certains socialistes portugais, par fierté nationale, ne votent pas pour. Il faut bien voir aussi que, parmi les chefs de gouvernement qui ont pris cette décision, certains sont socialistes. Chaque député devra alors se poser la question de savoir s’il suit son gouvernement ou s’il suit son point de vue.

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde

(Article paru dans France-Soir, juillet 2004)

(*) Ce rocardien (il est fondateur des clubs « convaincre » de Michel Rocard), ancien président de la FNSER, la Fédération nationale des élus socialistes et républicains, ancien maire de Quimper, est député européen depuis 1999.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).