Un sommet de minus pour un résultat minable ?

Conférence au sommet aujourd’hui et demain pour les 25 chefs d’Etat et de gouvernement. Au menu, la constitution et la nomination d’un nouveau président à la tête de la Commission européenne.

(Archives B2) En entrant au Justus Lipsius, le siège du conseil des ministres européens à Bruxelles, les 25 chefs d’Etat et de gouvernement auront certainement le sourire aux lèvres. Histoire de ne rien laisser paraître des dissensions qui les minent et des meurtrissures subies dans les urnes dimanche. Mais sitôt les photographes éclipsés, et les portes refermées, les visages se fermeront. La foire d’empoigne commencera.

Au menu de ce sommet, deux morceaux de choix : la nomination d’un président de la Commission européenne (voir ci-dessous) et la Constitution. Foutu pavé que les diplomates décortiquent depuis un an déjà, depuis que la Convention présidée par Giscard d’Estaing a terminé son travail. L’heure cependant est à la trêve… d’ergotage ! Sauf à se ridiculiser davantage, les 25 chefs de gouvernement n’ont en effet plus d’autre choix que d’adopter ce texte, en l’état, et au plus vite.

De toute façon, il n’est pas vraiment révolutionnaire. Le Préambule sur lequel tout le monde s’écharpe ? D’une pâleur philosophique à valoir à un candidat au bac une mention « manque d’idées ». Le seul enjeu du débat est de savoir si on fait référence à l’apport chrétien à l’Europe. Et les traditions grecques, romaines, juives, arabes voire marxistes (pourquoi pas ?) c’est du vent ?

La Charte des droits fondamentaux ? Une vraie supercherie ! Tout citoyen des 25 peut d’ores-et-déjà invoquer la Convention européenne des droits de l’homme, un texte fort bien écrit et largement plus précis, devant un tribunal européen et obtenir des dommages-intérêts. Tous droits que la Constitution ne consacre pas… Les politiques européennes ? La nouveauté y est microscopique.

L’Europe semble bel et bien en panne d’idées. Certes c’est un peu plus clair. Mais tout ce qui est concret pour le citoyen — la fiscalité, la sécurité sociale… — reste soumis à la vindicte du veto d’un Etat membre. Soit peu de risques d’évolution. Même le mot de Constitution semble galvaudé. L’approbation des peuples, pourtant nécessaire, sera aussi limitée que possible. Mis à part Tony Blair, aucun gouvernant ne semble vraiment vouloir soumettre à un référendum ce texte. Le danger est effectivement réel. Qu’un seul Etat vienne à louper l’étape des ratifications et ce bel ouvrage sera mort-né…

Nicolas Gros-Verheyde
Paru dans France-Soir, juin 2004


Le grand marchandage a commencé : je t’aime, moi non plus !

Guy, le premier ministre belge (libéral), Jean-Claude, son homologue luxembourgeois (chrétien-démocrate), Antonio, le commissaire portugais à la Justice (socialiste) ou Bertie, le Premier ministre irlandais (conservateur) voire Romano (une nouvelle fois), quel sera le prénom du prochain président de la Commission européenne. Nous le saurons peut être dans quelques heures… La marmite des chefs d’Etat et de gouvernement bout. Un exercice délicat. Il faut décider d’un candidat idoine qui recueille l’opinion de tous et, au surplus, puisse obtenir la majorité au Parlement européen.

Juncker, le candidat le plus crédible

Ils pourraient bien aussi proposer à la tête de la Commission, un candidat de seconde zone, type Javier Solana, l’ancien secrétaire général de l’Otan aussi insipide que transparent. Chez les élus du peuple, Dany Cohn-Bendit, président du groupe des Verts, a tiré le premier hier. Inutile de tourner autour du pot, « il y a un seul candidat réellement crédible » annonce-t-il. « c’est Jean-Claude Juncker, le plus social des chrétiens-démocrates ». Cette nomination serait équilibrée, pour lui, par un axe centre-gauche au Parlement européen dirigé par un tandem de « révolutionnaires » assagis, Michel Rocard (pour le PS) – Geremek (pour les libéraux).

Seul hic à cette belle construction, les Socialistes seraient plutôt tentés par un accord avec leurs bons vieux ennemis du parti populaire européen (PPE). La création par François Bayrou et Francesco Rutelli, d’un nouveau groupe des démocrates et des libertés, n’y changera rien. Le Parlement européen serait alors présidé en alternance par Hans-Gert Pöttering (CDU allemand) et Terry Wine (travailliste anglais). Une solution bien minable que tout le monde redoutait…

(NGV)