Un jeu de rubiscube

(archives B2) La véritable bataille commence aujourd’hui et va se dérouler durant plusieurs jours. Bruits de couloirs, tractations, petites phrases… tous les partis étaient, hier, prêts au Parlement européen à toutes les combinaisons pour constituer une majorité ou, au moins, peser sur elle. Enjeu des tractations : conquérir non seulement le perchoir de l’assemblée, mais surtout les présidences de commissions, postes stratégiques. Car c’est dans ces enceintes plus réduites que se font et qu’évoluent nombre de législations et que les parlementaires peuvent le plus peser.

A chacun sa tactique !

Les grands groupes donnent de la voix. « Nous sommes le groupe politique le plus important » affirmait Wilfried Maertens, le président du Parti populaire européen (conservateurs, 275 sièges). « Aucune décision ne se fera sans nous » lui rétorque Poul Nyrup Rasmussen pour les socialistes (200 sièges).

Les petits groupes, Libéraux et Verts essentiellement, s’échinent à faire les comptes des élus qui pourraient les rejoindre. Graham Watson, président des libéraux (ELDR, 66 sièges), compte ainsi sur la présence des troupes de Bayrou et de Prodi, pour se raffermir et proposer alors ses bons offices, au choix, aux conservateurs du PPE ou aux socialistes du PSE.

Daniel Cohn-Bendit, pour les Verts (42 sièges), entend reconduire l’alliance stratégique qu’il a avec certains élus régionalistes et convaincre d’autres individualités « qui partagent la sensibilité écologiste » afin de pouvoir constituer la majorité « arc-en-ciel » dont il rêve avec les libéraux et socialistes. « Aucune famille politique ne peut prétendre revendiquer à elle seule les postes européens » affirme Pierre Jonckheer, un des élus écologistes.

La plupart des partis se réunira d’ailleurs, mercredi ou jeudi, pour décider de sa stratégie, avant le sommet européen. La réunion des chefs d’Etat et des gouvernements qui se déroule, jeudi et vendredi, est en effet majeure à plus d’un titre. Les 25 doivent s’accorder non seulement sur la Constitution mais aussi sur le successeur de Romano Prodi à la tête de la Commission européenne. Les couteaux sont déjà sortis. Le PPE, par la voix de président, Wilfried Maertens, revendique la présidence de la Commission pour l’un de ses membres. Le Premier ministre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, serait dans cette hypothèse le mieux placé. « Nous travaillerons pour un bon candidat, peut-être pas un homme de droite, mais la personne correcte » lui répond son alter ego socialiste Poul Nyrup Rasmussen, qui soutient ainsi mollement son candidat Antonio Vitorino. Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, tapi dans l’ombre attend son heure. Si les Chefs d’Etat et de gouvernement ont toute latitude pour décider, ils doivent cependant tenir compte d’un fait : le nouveau président de la Commission doit réussir son épreuve de passage, devant les députés.

La séance d’investiture du président du Parlement n’ayant lieu que le 20 juillet, et l’approbation du nouveau président de la Commission, le 22 juillet, les différentes décisions des prochains sont proches du jeu de rubiscube.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Article paru dans France-Soir, juillet 2004)