Nos partis n’ont jamais eu l’Europe comme vision (Michel Rocard)

(Archives B2) L’ancien Premier ministre, député européen depuis bientôt dix ans, président de la commission culture, est candidat à un troisième mandat, le « mandat de puissance » comme il l’appelle.

RocardMichelAu Parlement européen, à Bruxelles comme à Strasbourg, l’ancien Premier ministre est sans doute un des rares leaders politiques français qui soit resté fidèle aux commandes du navire européen. Partis depuis des lustres les Sarkozy et Madelin… Envolés, les Hollande et Hue. L’Europe exige fidélité et abnégation, travail en coulisses et plongée en apnée dans des textes qui en rebutent plus d’un. Le tout, pour un honneur peu visible, du moins en termes de retombées politiques. Cela, Michel Rocard n’en a cure !

Des Français volatiles

Député européen depuis 1994, tour à tour président de la commission développement, puis de celle de l’emploi et aujourd’hui, de la culture, il porte un regard mi-moqueur, mi-désabusé sur l’étroitesse d’esprit de ses compatriotes. « Les stratégies de nos différents partis n’ont jamais eu l’Europe comme vision ». Ils n’ont pas saisi « qu’ici on fait de la technique, qu’il faut pouvoir durerle troisième mandat est le mandat de puissance —, que le taux de rotation important des Français » rend cette présence moins efficace. D’autres pays cependant l’ont mieux compris. « Chez les Britanniques, par exemple, qui sont plutôt là pour saboter la construction européenne, on ne peut pas faire carrière sans un passage par [Bruxelles] »

Dépasser les enjeux nationaux

Car des batailles, il y en a et qui « dépassent les enjeux nationaux ». Si les meilleurs souvenirs de Michel Rocard remontent au temps où il présidait la commission développement avec la création d’un centre de prévention des crises — aujourd’hui supprimé pour raison budgétaire — et le renouvellement des accords de Cotonou « tout le monde s’en foutait, nous avions ainsi une grande liberté et avons pu faire avancer les choses » —, il n’en est pas moins fier de sa dernière bataille. Celle sur la brevetabilité des logiciels.

Une bataille homérique : la brevetabilité des logiciels

« Quand j’ai commencé je n’y connaissais rien, j’ai fini par en connaître suffisamment. La bagarre a duré plusieurs semaines ». L’enjeu n’était pas mineur. Il s’agissait de savoir dans quelle mesure un logiciel pouvait être breveté. « Nous avons fini par l’emporter d’une belle majorité, plus de 200 voix d’écart » sur les plus libéraux. Mais « le combat n’est pas fini ». La deuxième lecture de ce projet doit avoir lieu sous le nouveau Parlement. Et Rocard espère bien être de cette bataille-là.

Nicolas Gros-Verheyde
Paru dans France-Soir, avril 2004

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).