Sommet: la priorité au terrorisme : pas tout de suite

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(archives B2) Le suspens aura été gardé jusqu’au bout. Histoire que les 25 chefs d’Etat et de gouvernement réunis, en sommet à Bruxelles, puissent avoir quelques mesures à exposer. Mais il faut être honnête. Placée au rang de priorité des priorités, la déclaration sur le terrorisme tient plutôt de l’accouchement par la montagne d’une souris.

Certes les 25 gouvernements européens s’engagent à mettre en œuvre, aussi vite que possible, le chapelet de mesures adopté après les attentats du… 11 septembre 2001 : le mandat d’arrêt, les équipes communes d’enquête, notamment. Certes ils s’obligent à débloquer les sujets encore sur la table du conseil des ministres, comme l’indemnisation des victimes de la criminalité. Ce qui n’est pas rien. Comme le disait un Premier ministre à son entrée dans la salle de réunion : « nous avons assez de mots, maintenant vient le temps de l’application ».

Pas de monsieur Terrorisme, un simple coordinateur

Mais, en revanche, il n’y aura pas vraiment un «Monsieur Terrorisme ». Une personnalité va bien être nommée par les Ministres pour s’occuper des questions de terrorisme au sein du conseil des ministres européen. Selon toute probabilité, ce devrait être Geert De Vries, un libéral néerlandais, ancien secrétaire d’Etat aux affaires intérieures. Mais son pouvoir sera limité. « Il ne présidera pas les conseils des ministres » explique un diplomate en poste à Bruxelles . « Il aura surtout pour fonction de mettre un peu d’ordre dans les différentes structures » (groupes de travail, etc.) du Conseil des ministres et assurera la coordination avec les Etats membres. Il ne disposera ainsi d’aucun moyen de pression contre les Etats récalcitrants, ne sera doté d’aucune capacité opérationnelle (police ou renseignements) et n’aura pas de compte à rendre ni aux autres institutions européennes (Commission, Parlement) et encore moins aux citoyens. Bref, un simple agent de liaison, une sorte d’Eunuque du Terrorisme.

Quant à l’agence de renseignements, elle est morte née. En s’engageant simplement « à améliorer le flux de renseignements mis à disposition d’Europol », les 25 ne mettent pas la barre trop haut. En demandant à Javier Solana, le secrétaire général du Conseil de l’Union européenne, de faire des propositions pour le sommet de juin, ils laissent du temps au temps… Le temps d’autres attentats ?

(Nicolas Gros-Verheyde)


Constitution : on progresse

Rendons grâce aux Irlandais et aux Espagnols ont sans doute pu penser la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement lors du dîner, hier soir ! Le dossier de la Constitution européenne paraît débloqué. Les premiers, qui président l’Union européenne , ont par un travail de fourmi, renoué les fils du dialogue. Les seconds en amenant au pouvoir le pro-européen, José Luis Zapatero ont donné le coup de pouce salutaire. Un arrangement semble donc possible sur la question sensible du mode de décision. Ce qui ouvrirait la voie à l’adoption de la Constitution d’ici juin. La plupart des décisions européennes ne pourra alors être approuvée que par une double majorité d’Etats membres représentant la majorité de la population. Ironie du sort, c’est le conservateur déchu, José Maria Aznar, qui devra endosser ce compromis au nom de l’Espagne, le nouveau gouvernement n’étant pas encore constitué.