L’Europe se mobilise contre le terrorisme

(Archives B2) Depuis les attentats qui ont frappé Madrid jeudi dernier (11 mars 2004), les spécialistes à Bruxelles des affaires intérieures sont en effervescence

Les principaux dirigeants européens, et des anonymes, rendent hommage aux victimes des attentats de Madrid. (de gauche à droite) Carlos Bastarreche Sagües (représentant permanent de l’Espagne) ; Ramon de Miguel y Egea (secrétaire d’état espagnol aux Affaires européennes), Loyola de Palacio (vice-présidente de la Commission européenne en charge des Transports et de l’Énergie), Romano Prodi (président de la Commission européenne), Xx, Javier Solana (secrétaire général du Conseil et Haut représentant pour la PESC), Chris Patten (commissaire européen chargé des Relations extérieures) (crédit : Commission européenne)

Une série de réunions

Aujourd’hui, la réunion ordinaire des ambassadeurs (Coreper) des 25 pays de l’Union européenne élargie aura un seul dossier sur sa table : la lutte contre le terrorisme. Fait peu ordinaire, le commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, Antonio Vitorino, sera d’ailleurs présent au déjeuner. Vendredi, ce sera au tour des ministres de l’Intérieur de plancher sur la question, lors d’une réunion exceptionnelle. Ils seront relayés lundi par les ministres des Affaires étrangères avant de céder la place aux chefs d’État et de gouvernement en fin de semaine prochaine. Objectif commun de tous les ‘costumes cravates’ : donner un coup de fouet à la coopération européenne en matière de lutte anti-terroriste.

Quelques mesures adoptées, mais d’un seul pied, en boitant

Depuis presque dix ans — et un certain sommet européen tenu, curieuse prémonition, à Madrid en 1995 —, l’Europe n’est pas restée totalement inactive. Surtout après le 11 septembre 2001 et les attentats de New-York. Plusieurs mesures ont été adoptées en matière de coopération judiciaire, de désignation des entités terroristes ou de lutte contre le blanchiment de l’argent. Mais cette progression s’est fait d’un seul pied, en boitant. Si bon gré mal gré, les juges trouvent en effet le moyen de coopérer entre eux — le mandat d’arrêt européen vient d’être mis en place —, il n’en est pas de même pour les services de police ou de renseignement.

Des instruments existent, peu utilisés

Quelques jours avant les attentats de Madrid, Javier Solana, le secrétaire général du Conseil des ministres, soulignait déjà, dans un rapport confidentiel, les réticences des États à partager leurs informations, les lenteurs et le manque de coordination des actions entreprises. Des instruments existent, écrivait-il. « Mais ils sont peu utilisés ou peu compris par les forces de l’ordre et les autorités judiciaires dans certains États ».

‘On a essayé Europol, çà n’a pas marché’

Certes un office dénommé Europol, sensé être un embryon de police européenne, existe bien à la Haye. Mais son fonctionnement est pour le moins erratique. De temps à autre, il parvient à coordonner une opération de … saisie de drogues. La raison ? « C’est simple » nous explique un expert de la Commission européenne, « Europol n’a pas de la part des services de renseignement la collaboration nécessaire. Ce n’est pas vraiment nouveau. Même au niveau national, les services de renseignement n’aiment pas communiquer leurs informations à la police. Alors ce qu’on exige d’eux aujourd’hui. C’est une véritable révolution culturelle. »

« Europol — renchérit un diplomate — ils perdent beaucoup de temps en bureaucratie. Imaginez. Le comité directeur compte 100 personnes. Comment voulez-vous qu’il soit impliqué dans les affaires de terrorisme, où la confiance est une des conditions de base du succès ».

Un bureau européen du renseignement

Reprenant un slogan de pub, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt assène, pour sa part avec le parler direct qui le caractérise, « On a essayé Europol. Cela n’a pas très bien marché ». Et de préconiser plutôt la création d’un « bureau européen pour mettre ensemble les analyses de renseignement ».

L’idée d’une agence européenne de lutte contre le terrorisme, d’un FBI européen, avait été lancée il y a quelques mois par le chancelier autrichien, Wolfgang Schlüssel. Mais elle a jusqu’ici été traitée avec condescendance par certains pays comme la France ou le Royaume-Uni. Elle pourrait refaire surface demain ! « Il faut y réfléchir sérieusement » considère Reijo Kemppinen, le porte-parole de Romano Prodi, le président de la Commission européenne « Ce n’est pas le jour pour critiquer. Aujourd’hui toutes les idées sont bonnes »…

En fait, en matière de terrorisme, c’est de davantage d’Europe dont on a surtout besoin, quelle que soit la forme.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles)

Article enrichi d’une première version parue dans France-Soir le 17 mars 2004