L’Europe se mobilise contre le terrorisme

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(Archives B2) Depuis les attentats qui ont frappé Madrid jeudi dernier, les spécialistes à Bruxelles des Affaires intérieures sont en effervescence. Aujourd’hui, la réunion ordinaire des ambassadeurs des 25 pays de l’Union européenne élargie aura un seul dossier sur sa table : la lutte contre le terrorisme.

Fait peu ordinaire, le commissaire européen chargé de la justice et des affaires intérieures, Antonio Vitorino, sera d’ailleurs présent au déjeuner. Vendredi ce sera au tour des ministres de l’Intérieur de plancher sur la question, lors d’une réunion exceptionnelle. Ils seront relayés lundi par les ministres des affaires étrangères avant de céder la place aux chefs d’Etat et de gouvernement en fin de semaine prochaine. Objectif commun de tous les « costumes cravates » : donner un coup de fouet à la coopération européenne en matière de lutte anti-terroriste.

Depuis presque 10 ans, et un certain sommet européen tenu en 1995 à … Madrid, curieuse prémonition, l’Europe n’est pas restée totalement inactive. Surtout après le 11 septembre 2001. Quelques mesures ont été adoptées en matière de coopération judiciaire ou de lutte contre le blanchiment de l’argent. Mais cette progression se fait d’un seul pied, en boitant. Si bon gré mal gré, les juges trouvent en effet le moyen de coopérer entre eux – le mandat d’arrêt européen vient d’être mis en place – il n’en est pas de même pour les services de police ou de renseignement. Certes un office dénommé Europol, sensé être un embryon de police européenne, existe bien à la Haye. Mais son fonctionnement est pour le moins erratique.

Europol : une belle bureaucratie

De temps à autre, il parvient à coordonner une opération de … saisie de drogues. La raison ? « C’est simple » nous explique un expert de la Commission européenne, « Europol n’a pas de la part des services de renseignement la collaboration nécessaire. Ce n’est pas vraiment nouveau. Même au niveau national, les services de renseignement n’aiment pas communiquer leurs informations à la police. Alors ce qu’on exige d’eux aujourd’hui. C’est une véritable révolution culturelle. »

« Europol – renchérit un diplomate – ils perdent beaucoup de temps en bureaucratie. Imaginez. Le comité directeur compte 100 personnes. Comment voulez-vous qu’il soit impliqué dans les affaires de terrorisme, où la confiance est une des conditions de base du succès ». Reprenant un slogan de pub, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt assène, pour sa part avec le parler direct qui le caractérise, « On a essayé Europol. Ca n’a pas très bien marché ». Et de préconiser la création d’un « Bureau européen pour mettre ensemble les analyses de renseignement ».

Un bureau européen d’analyse du renseignement

Une idée lancée il y a déjà quelques mois par le gouvernement autrichien, mais traitée jusqu’ici avec condescendance. « Il faut y réfléchir sérieusement » explique Reijo Kemppinen, le porte-parole de Romano Prodi, le président de la Commission européenne « Ce n’est pas le jour pour critiquer. Aujourd’hui toutes les idées sont bonnes »… En fait en matière de terrorisme, c’est de davantage Europe dont on a surtout besoin.

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

Article paru dans France-Soir, mars 2004